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Villa Gaspari-Ramelli : Les deux amours de Lætitia Balesi-Wood

jeudi 20 septembre 2012, par Journal de la Corse

Ses toiles chantent l’île et le Colorado. Lætitia Balesi-Wood expose à la villa Gaspari-Ramelli de Sisco.

Des chevaux sauvages des grandes plaines de l’Ouest américain ou le vieux port de Bastia, un portrait de femme ou une composition paysagère imaginaire d’une puissance évocatoire si forte qu’elle est plus vraie que le réel… Ses œuvres captent l’instant de si efficace manière qu’elles nous offrent une idée d’éternité. Cette authenticité du moment emporte dans un temps qui n’est plus fragmenté ou fragmentaire. Dans ses créations les lumières de l’eau rivalisent de douceur avec celles du ciel ou de l’air en modulant subtilement les bleus, les gris, les verts ou en jouant d’un trait de rouge ou d’un éclat de jaune. Lætitia Balesi-Wood utilise la technique du couteau en écartant l’écueil des contrastes violents et des accents qui résonnent souvent trop hâtifs, trop superflus. Le couteau du peintre elle veille à en maîtriser l’usage, à ne pas se laisser dominer par lui. Sa peinture est toujours délicatesse sans jamais tomber dans le superficiel ou la facilité. Cette délicatesse est d’ailleurs chez elle un impératif, une règle de conduite de la plasticienne qu’elle est. Ses tableaux n’incitent pas qu’à voir, qu’à contempler l’harmonie mais donnent vie à ce qui est montré. Ce souci d’une peinture délicate et souple il faut le rechercher dans son tempérament et dans son admiration pour Corot, l’un des peintres qui l’ont le plus influencée. D’une famille originaire de Quenza, Lætitia Balesi-Wood est née à Nice et depuis son âge le plus tendre a vécu entre l’Europe et l’Amérique. Élevée dans deux cultures très différentes elle a fait de joyeuses navettes de l’une à l’autre. Du nouveau continent elle apprécie l’ouverture, l’optimisme, la décontraction. Du vieux monde elle affectionne ses attaches, les teintes heureuses qui ont baigné son enfance. A quinze ans elle prépare les Beaux Arts niçois avec autant d’enthousiasme que de conviction. Mais c’est aux États-Unis qu’elle fera finalement ses études supérieures. Sa première activité professionnelle s’inscrit sous le signe du voyage, sa trajectoire, puisqu’elle travaille à la compagnie aérienne Pan American. A la clé beaucoup de pays et de villes découverts, beaucoup de rencontres… Puis première étape d’un retour au bercail de l’art : elle devient agent d’artistes plasticiens. Deuxième étape : elle reprend avec bonheur toiles et couleurs et se dédie à la création. On peut voir son travail, qui propose un beau panorama de son talent, jusqu’au 28 octobre, à la villa Gaspari-Ramelli.

Michèle Acquaviva-Pache

« A mes amis américains je suis toujours en train d’expliquer les paysages, les couleurs, les personnages d’ici ».

Lætitia Balesi-Wood

Quand et comment avez-vous attrapé le virus de la peinture ?

A cinq ans et demi mon père m’a aménagé un petit atelier sous un escalier dans sa maison de Chicago. L’endroit était si petit que seul un enfant pouvait l’occuper. A cette occasion il m’a offert ma première boîte de couleurs à l’huile ! J’ai été élevée dans un environnement culturel propice puisque tant du côté de mon père, journaliste-écrivain, que du côté maternel on recevait beaucoup d’historiens, de peintres, de philosophes, d’académiciens, de bibliophiles.

Après dix ans à la Pan American vous êtes revenue à la peinture. Comment cela s’est-il passé ?

Je suis devenue agent d’artistes plasticiens. Je m’occupais de les faire connaître, de les faire exposer. Cette activité m’a permis de rencontrer Liliane Kennedy, un grand nom de la peinture américaine. Un jour elle m’a invité pour le thé… et m’a donné une toile et des pinceaux en me disant que c’était bien de veiller aux intérêts des autres, mais que je devais également m’occuper de moi en tant qu’artiste !

La définition de votre style pictural ?

Néo-impressionniste me semble juste. L’impressionnisme en tant que tel est lié à une période très particulière qui n’est plus. Mais des impressionnistes j’ai gardé une attirance pour la lumière, pour la couleur, pour le mouvement… pour les toiles qui vivent !

Comme peintre avez-vous beaucoup évolué ?

J’ai beaucoup appris des autres artistes même s’ils sont très différents de moi, et je continue à apprendre. Lorsque je suis revenue à la peinture il y a une dizaine d’années, mon expression picturale était plus classique, plus directement inspirée de Corot qui m’a énormément marqué, bien que dans mon travail j’ai toujours suivi une interprétation très personnelle. Puis une certaine maturation s’est opérée.

Pourquoi exposer à la villa Ramelli de Sisco des toiles représentant la Corse et non exclusivement des sujets et des vues américaines ?

Parce qu’aux États-Unis où je vis dix mois par an, la Corse est toujours dans mon cœur. A mes amis américains je suis toujours en train d’expliquer les paysages, les couleurs, les personnages d’ici. Certains de ces amis m’ont d’ailleurs accompagné en Corse en ce mois de septembre avec de si belles lumières. Je suis sûre qu’ils vont tomber amoureux de l’île !

La Corse et les États-Unis – l’ouest américain en particulier – voilà vos deux amours. Que représentent-ils l’une et les autres pour vous ?

La Corse c’est la famille, l’origine, mon enfance dans un milieu où se côtoyait tous les âges de la vie, c’est ma personnalité qu’on dit passionnée et chaleureuse. Les États-Unis c’est ce côté indépendant, aventurier, positif où l’on sent que tout est possible. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent en Europe c’est aussi une affection profonde pour les pays d’autrefois, pour les pays d’où sont arrivés les anciens. Au Colorado, où j’habite, les gens sont très ouverts et ont le sens de la terre.

Exposer c’est primordial ?

J’aime partager la beauté et parler d’art ! Mais j’aime aussi écouter les réactions des gens quelles qu’elles soient, car j’en apprends toujours quelque chose.

De quelles façons travaillez-vous ? D’un jet ? Après beaucoup de tâtonnements ?

J’ai tout de suite l’inspiration et je m’y tiens. Liliane Kennedy m’a filmé en train de peindre. A ces moments-là un observateur peut parfaitement croire que le chemin que j’emprunte n’est pas évident, mais, moi, je sais où je vais… sans hésitation.

Vous imaginez-vous vivre ailleurs qu’au Colorado ?

J’ai toujours vécu entre l’Europe et l’Amérique. J’ai si souvent fait la navette, y compris en période scolaire… Mon mari est du Colorado, j’aime cet état. Mais je voudrais passer plus que deux mois par an en Corse. C’est un objectif que je me fixe !

(Propos recueillis par M.A-P)

UNE AMÉRICAINE DANS UNE MAISON D’AMÉRICAINS

Etait-il seulement possible d’imaginer qu’un jour une américaine, venue du Colorado, allait accrocher ses toiles, en Corse, aux cimaises d’une maison d’américains. Ce jour est venu, rien que pour faire mentir les tenants de l’impossible. Laetitia Wood est venue avec ses peintures et elle a franchi, souriante, la porte de la villa Gaspari-Ramelli (photo) une belle et riche demeure plantée sur les hauteurs de Chioso, hameau de Sisco, tout au bout d’une vallée verdoyante face à la Tyrrhénienne et les îles de l’archipel Toscan. Une demeure construite au XIXe siècle par un de ces « Américains » qui était allé chercher fortune aux Amériques et l’avait semble-t-il trouvée pour en laisser, ici, un éclatant témoignage. Laetitia n’est ni tout à fait américaine, ni tout à fait corse mais, peut-être, plus corse qu’américaine puisque ses attaches insulaires sont enracinées dans cette terre tout comme sa maison paternelle qui se dresse sur un piton rocheux de Mandriale, hameau de Santa Maria di Lota à quelques kilomètres au sud de Sisco. C’est là que chaque année elle vient se ressourcer et planter son chevalet face aux trésors de l’île baignés de cette incomparable lumière si difficile à apprivoiser. Ses toiles en renferment cependant assez pour créer des lignes de douceur qui mènent à d’incroyables découvertes. Lorsqu’elle abandonne ses pinceaux, Laetitia fait profession de designer, architecte d’intérieur, comme ont dit en français pour mieux se faire comprendre. Sa mission est de rendre plus belles et plus agréables à vivre les maisons qui sont confiées à son talent. Il semble qu’elle y réussisse à merveille si l’on en croit du moins les intéressés. Mais reprendre ses couleurs le plus vite possible fait partie de ses pensées secrètes que l’on devine quelquefois en la voyant contempler longuement un paysage ou marquer un temps d’arrêt face à quelque contraste fugitif. Que dire encore de cette artiste qui se refuse à le démontrer préférant la simplicité de ses préférences et le bonheur d’étaler sur la toile le détail lumineux qu’elle parvient à capter grâce à la distorsion d’un rayon de soleil ? Qu’elle est la simplicité même ? Qu’elle en a aussi la conviction ? A voir les paysages et les personnages qu’elle propose aux visiteurs de la villa Gaspari-Ramelli, admirablement tenue par Rose-Marie Carrega, on aura tout loisir de la comprendre et de l’aimer.

A.P.

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