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THRILLER PHILOSOPHIQUE

jeudi 17 janvier 2013, par Journal de la Corse

Toute œuvre littéraire est portée par le souffle de son créateur, c’est-à-dire par l’élan particulier qu’il lui insuffle au moment de sa gestation. Ainsi on a pu dire que « La Chartreuse de Parme » par exemple vibre de l’allégresse jubilatoire d’un Stendhal qui écrit comme au grand galop d’une cavalcade triomphale. A lire le thriller de Jean-Pierre Simoni « Le caïman noir » ont est frappé d’emblée par cette euphorie évocatrice qui infuse la fiction d’une joie communicative.

Paroxysme des situations extrêmes

Les aventures du héros Carlo Matteo dit Carl le Mat sont narrées avec une alacrité rabelaisienne, volonté de tout dire, et de tout saisir, de tout décortiquer, de tout faire passer au crible de l’analyse lucide et de l’humour. On retrouve ici utilisés avec efficacité et brio les éléments sacrés du genre : exotisme des lieux, du cœur de la Corse au cœur de la jungle amazonienne, paroxysme des situations extrêmes, carambolage d’événements, subtilités d’une enquête qui garde bien des parts de mystère ; rapidité des coups de théâtre qui ponctuent l’action et du dénouement. Mais il y a ici un ton particulier dû à la personnalité de l’auteur qui a des finesses de moraliste pour pointer du doigt les inerties ou le cynisme des systèmes, pour dénoncer tout ce qui broie l’individu dans des sociétés gangrénées par le paraître, la soif d’argent et de pouvoir. Percent çà et là des réflexions personnelles comme intimes sur les événements de l’histoire contemporaine. Un humour corrosif donne à la fiction une gaieté qui est à la fois aussi un désespoir de bon ton. Le propos dru, la verve du style prêtent à ce thriller une impression de vécu et rendent le lecteur complice du héros principal. Celui-ci est comme son créateur un humaniste à la sensibilité malmenée par le monde contemporain, toujours pleine de tendresse et prête à s’épancher dans une soif de vérité et d’authenticité. Tout ici illustre les ambigüités de ce « vrai qui n’est souvent pas vraisemblable » et ce caïman qui tantôt flotte comme un drapeau, tantôt engloutit en justicier improvisé des victimes coupables est bien le symbole de toutes les métamorphoses menaçantes qu’engendre un monde convulsif

M-H. F.

Jean-Pierre Simoni. « Le caïman noir » Ed. Durand-Peyroles. 248p. 18€

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