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Théâtre de Bastia : A saison nouvelle… nouvelle programmatrice !

jeudi 11 octobre 2012, par Journal de la Corse

Désormais Frédérique Flori Balbinot est aux commandes de la programmation du théâtre municipal. Après quinze ans d’absence la jeune femme est de retour à Bastia : le temps d’acquérir de l’expérience à l’extérieur de l’île.

Cinq ans à Aix. Cinq ans à Paris. Cinq ans à Amsterdam en tant que programmatrice à la cinémathèque des Pays Bas, avec en prime une excellente connaissance de cette langue qui lui était inconnue : le néerlandais… comme quoi un bilinguisme ne relève pas d’une mission impossible ! Inutile de souligner que ce travail à l’étranger joint à sa jeunesse et à ses compétences en musiques actuelles et en cinéma ont été déterminant pour l’obtention de son poste au théâtre de Bastia. La touche Frédérique Flori Balbinot pour la saison 2012-2013 ? Les lignes directrices de sa programmation ? Elle reconnait avoir fait des choix qui lui ressemblent. Ainsi en théâtre si elle a retenu une comédie populaire telle « Cher trésor » de F. Veber, elle a exclu les pièces de boulevard. Si elle accueille avec bonheur « Le cabaret New Burlesque » c’est que ce spectacle s’inspire du film de Mathieu Amalric « Tournée », qui par son ton et le jeu des comédiennes l’avait emballée. Côté réjouissances pures encore elle a sélectionné un « Songe d’une nuit d’été » inattendu avec accent aigu sur un délire aussi joyeux que pétillant. Le sentiment amoureux, les relations conflictuelles dans les familles ou dans la société, le questionnement sur notre rapport au monde voilà des thèmes récurrents de la saison théâtrale présente. On pourra voir, entre autres, pour la première fois à Bastia une œuvre de Jean Luc Lagarce, « Juste la fin du monde », créée par L’ARIA. « Les liaisons dangereuses » de Laclos dans une mise en scène de John Malkovich. Une reprise de la saisissante « Medea furiosa » d’après Sénèque par Orlando Forioso avec A Filetta et Catarina Murino. « Cyrano de Bergerac » avec dans le rôle titre, Philippe Torreton. « Année Strindberg » oblige on découvrira la « Mademoiselle Julie » montée par Robin Renucci. Annoncée comme une belle surprise : « Sunderland » de Clement Koch, une comédie touchante et lumineuse. Mais c’est peut-être dans le domaine de la danse qui va souffler un air particulièrement revigorant puisque trois spectacles chorégraphiques contemporains sont au programme : « Puz/zle » de Sidi Larbi Cherkaoui, « Métamorphoses » d’après Ovide par les Ballets de Marseille, « Le Sacre du Printemps » de Stravinsky par Angelin Preljocaj.

Michèle Acquaviva-Pache

« Je ne fais pas une programmation pour moi mais pour le public ! L’idéal c’est quand le projet artistique rencontre son adhésion. »

Frédérique Flori Balbinot

Comment concevez-vous votre action de directrice de théâtre ?

Directrice, le mot est… un abus de langage. Je suis responsable de l’établissement et de la programmation. J’essaie de travailler en bonne entente avec l’équipe de douze personnes qui fait tourner le théâtre. Je cherche à entretenir la meilleure des collaborations avec les techniciens qui sont le noyau dur de la structure, car sans eux rien n’est possible. Quant à moi, revenue après quinze ans d’absence, je connaissais déjà tous ceux qui m’entourent.

En matière de programmation avez-vous autorité de décision ?

J’ai force de propositions, à Francis Riolacci, maire-adjoint à la culture d’avaliser les choix effectués. Je retiens qu’il a validé tout ce que je lui ai proposé pour cette saison.

Les spectacles de théâtre occupent-ils toujours la première place ?

La part du théâtre est clairement majoritaire. Elle est incontournable. D’ailleurs c’est ce que recherchent nos abonnés.

Quel genre de danse promouvoir ?

Je voulais sortir des schémas tutélaires tout en restant accessible à tous. C’est pourquoi j’ai privilégié une forme de danse contemporaine qui n’a rien d’hermétique. Ces spectacles sont des créations des plus grands chorégraphes français.

Pourquoi si peu de musiques actuelles en dehors des Musicales et d’un rendez-vous du RéZo ?

Les musiques actuelles sont très compliquées à programmer, en particulier le rock parce que ni la scène ni la salle ne sont prévues pour… Quant aux chanteurs et chanteuses vedettes, qui pourraient techniquement se produire, leurs cachets sont généralement trop élevés, et pour ce qui est d’écouter des artistes méconnus le public se déplace peu !

Lorsque vous bâtissez votre programmation est-il impératif de tenir compte des goûts du public ?

Forcément… Je ne fais pas une programmation pour moi, mais pour le public ! L’idéal c’est quand le projet artistique rencontre son adhésion. En tous cas j’ai très envie d’attiser la curiosité des spectateurs. Dans une programmation on doit aussi tenir compte de la jeunesse tout en respectant un équilibre dans les propositions déclinées.

Un spectacle que vous êtes particulièrement fière de présenter ?

Par exemple « Via Crucis » de l’Arpeggiata, une passion reconstituée par Christina Pluhar à partir de morceaux du XVIIe siècle, montée avec la participation du groupe corse, Barbara Furtuna. A New York, au Japon, en Scandinavie, en Europe de l’Est, partout ce spectacle a remporté beaucoup de succès et nous serons les seuls en Corse à pouvoir le voir.

Vos relations avec les associations qui portent les différents festivals de la ville ?

On les soutient en mettant à leur disposition le théâtre. Il n’y a pas grand-chose d’autre à dire !

En France on aime commémorer les anniversaires (de mort ou de naissance) des grands auteurs et des compositeurs. Est-ce là une manie heureuse ?

Pour moi c’est là prétextes positifs ! Les commémorations facilitent notre communication et c’est bien. Cette année on célèbre Verdi et Strindberg. Des occasions de programmer « Verdi raconté par sa femme, Giuseppina Strepponi », par le biais d’un concert-récital-lecture avec Marie Christine Barrault en récitante, et « Mademoiselle Julie » du plus réputé des dramaturges suédois.

La place de la création corse ?

Il y aura la très intéressante création de Noël Casale, « Vie de Jean Nicoli ». On retrouvera bien sûr le Teatrinu avec « A Mandracula », Unità Teatrale avec « U Chjarasgetu » d’après Tchékhov, Orando Forioso avec « Medea ».

Le théâtre subit-il le contrecoup de la crise ?

On fonctionne à budget constant. On ne nous a donc pas serré la vis !

(Propos recueillis par M.A-P)

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