Le temps régional est à la linguistique et à la patrimonialité, ces deux piliers de l’identité. Telle est du moins la tendance officielle. Elle relève principalement de la collectivité territoriale de Corse et de son Exécutif, autorité reconnue.
Ne vient-elle pas de créer un Conseil Supérieur de la langue corse, sorte de mixte, par ses membres, du culturel et du politique ? Même s’il ne saurait avoir la prétention de s’élever à la hauteur de ces sphères savantes, le candide auditeur, téléspectateur ou lecteur des médias ne manque pas de s’interroger sur la cohérence de ce qui lui est servi par cette voie en la matière. L’application de tout ce qui est annoncé, déclaré, ordonné par l’Exécutif de la CTC, que faut-il en penser ? Est-ce bien cohérent lorsqu’il lit, tout récemment, dans le Journal de la Corse le sort qui a été réservé à un dictionnaire corse-français élaboré par Weber-Paoli et Culioli, de 1.100 pages et 40.000 entrées, 100.000 exemples et locutions. Ouvrage qui réunit les travaux récents et modernes de lexicographie corse. Doit-on douter de l’impartialité de la CTC lorsqu’on apprend que celle-ci a refusé de la subventionner au motif qu’il n’apporterait rien de neuf, alors qu’il est présentement le seul sur le marché ? « Parallèlement, dit cet article du JDC, des dizaines de milliers d’euro ont été distribuées à des ouvrages qui pour l’heure et malgré les années n’ont pas vu le jour. C’est totalement incompréhensible et décourageant. ». Première incompréhension. Autre incompréhension : il suffit d’entrer dans n’importe quelle librairie pour être frappé par l’abondance d’ouvrages de toutes sortes et de toutes dimensions sur la Corse, subventionnés pour la plupart par la CTC. Les livres en langue corse ne dépassent pas les 5% à tout rompre, alors que parallèlement et paradoxalement la CTC veut assujettir les professeurs et les fonctionnaires des services publics à s’exprimer, écrire et acter en corse. Où est la cohérence de tout ceci s’interroge plus encore le candide. Voilà pour la linguistique qui devrait être l’affaire du présent et de l’avenir. Et la patrimonialité ? Restons-en à la linguistique du passé avec elle. Et bien sûr, la patrimonialité linguistique écrite. Il ne s’agit pas, comme on a pu le lire, de la littérature orale. Ces deux mots sont contradictoires. Donc l’écrit, c’est le monument historique de la Corse. Passons sur l’histoire à ses origines. Les écrivains en ont été les Grecs ou les Romains de l’Antiquité. Quant au Moyen Âge et aux temps modernes voyons cela. Nous connaissons surtout le Moyen Âge par les lettres des papes, des évêques, des moines et des notaires. Ils ont écrit en latin, en génois ou en pisan. Telles sont les archives médiévales du Vatican et des couvents. Mais alors les temps modernes ? Notre patrimoine historique est riche à partir des XVe et XVIe siècles. Oui, bien sûr. C’est incontestable. Il y a ceux qui ont fait l’histoire d’abord et les trois héros éponymes dans lesquels les Corses se reconnaissent. Sampiero d’abord. Il a laissé des lettres. C’était un homme cultivé. Il écrivit d’abord en italien. La plupart de ses lettres à Marie de Médicis et autres destinataires sont cependant en français. Son testament est écrit en français. Alors Pascal Paoli ? Parlons-en. Toutes ses lettres sont en italien. Elles ont été par la suite traduites en français. Son leg pour une école publique à Corte spécifie en italien « Je désire que l’enseignement soit donné en italien qui est la langue de mes compatriotes. » Son testament d’abord rédigé en anglais, le sera ensuite et définitivement en italien. Napoléon a laissé une importante correspondance, ses proclamations, ses divers écrits et son testament sont en français. Ainsi donc le patrimoine culturel de ceux qui ont marqué l’histoire de la Corse n’est pas en dialecte ni en langue corse. Et ceux qui ont écrit l’histoire ? Giovanni della Grossa, Pietro Cirneo, Filippini, Ceccaldi, ont écrit en italien tout comme Renucci, Rossi et l’abbé Galletti. Quant aux autres historiens, bien reconnus et appréciés ils ont tous écrit et publié en français. Telle est la patrimonialité historique de la Corse. Voilà ! Les héros corses ont provoqué l’admiration mais l’histoire est ce qu’elle est. Il faut bien s’y faire.
Marc’Aureliu Pietrasanta.