La sonate a été au centre de la pensée musicale européenne, représentant la recherche de l’homme pour l’union dans la diversité. Pendant le XIXe siècle, des sonates pour guitare ont été écrites notamment par Sor, Carulli, Giuliani et Diabelli. Mais ce fut pendant le XXe que les plus importantes compositions pour l’instrument ont été écrites. Citons celles du compositeur Mexicain Manuel Maria Ponce (1882-1948), auteur, entre autres œuvres, de six sonates pour la guitare. Sa Sonata III date de 1927 et reflète son intérêt pour l’impressionnisme français. Elle compte parmi les œuvres comprises en un album qui renferme également des productions du même genre de Cyril Scott (1879-1970), de Sir Michael Tippett (1905-1998) et de Roland Dyens (1955) (1). C.Scott, compositeur Anglais au langage fortement chromatique (2) l‘a fait surnommer « le Debussy Anglais ». Sir M. Tippett, tout en utilisant des formes classiques, s‘est forgé un style très personnel, riche de contrastes. R. Dyens enfin, auteur de la Libra Sonatine, écrit une musique influencée par une variété de styles musicaux allant du jazz à la musique de l’Amérique du sud.
C’est le guitariste Carlos Bernal qui est le soliste qui exécute les œuvres contenues dans ce CD. Artiste mexicain, il mène une carrière de concertiste, jouant dans plus de Quinze pays. Défenseur passionné de la musique contemporaine, les programmes de ses concerts témoignent de son affinité avec la recherche des compositeurs pour l‘originalité et l‘importance de l‘expression. Son jeu est solide. Legato et précision rythmique sont au rendez-vous, ainsi que la richesse harmonique et mélodique. L‘exactitude du phrasé et l‘équilibre entre les accords et la mélodie sont toujours maintenus. On peut regretter légèrement que C Bernal ne recherche pas davantage à exploiter la variété des timbres. C‘est le grand Segovia qui disait que « la guitare est un instrument d’allusions » aux sonorités diverses de l’orchestre. Mais ne boudons pas notre plaisir. Que dire de l’important compositeur que fut MM Ponce, si ce n’est qu’il nous plonge dans une agréable nostalgie ? On reconnaîtra dans la sonate Sir Tippett des thèmes exploités par Maurice Ohana. R Dyens, pour conclure, plus proche de nous dans le temps, suscite moins de bienveillance, mais il explore avec succès les ressources de la guitare. Un album inspiré.
Vincent Azamberti
(1) CD-1181-LC 3370 Cette chronique doit beaucoup aux compétences de Jacques Polidori dont le fils Pascal, ancien élève de Lagoya au Conservatoire de Paris, enseigne la guitare au Conservatoire de Nice et poursuit une carrière de concertiste.