20 ans, une belle fête pour un bel âge !
Le festival bastiais de la bande dessinée et de l’illustration célèbre sa vingtième édition. 20 ans, toujours la même qualité et la même exigence. Toujours la même conviction et bien haut le flambeau de la créativité.
Axe majeur de l’édition 2013 : l’art et la BD avec une réalisation phare au théâtre de Bastia. Sur une scénographie de l’atelier « Lucie Lom », à qui on doit déjà tant d’expositions imaginatives et à la veine constamment renouvelée, on peut explorer correspondances et passerelles qui traversent l’évocation de l’art par des bédéastes. A découvrir ainsi en suivant le guide des coproductions du musée du Louvre et des éditions « Futuropolis » ou des œuvres mettant en scène des artistes ou des écrivains autant d’occasions de croiser Watteau ou Picasso, Cézanne ou Egon Schiele, Klimt ou Gertrude Stein. A moins de préférer une balade sur le Pont des Arts pour tomber sur Diderot ou Proust, Balzac ou Zola. « BD à Bastia » a également inscrit à son programme des festivités quatre expositions monographiques. A retrouver modulée en panorama-rétrospective l’œuvre de Blutch, dessinateur, auteur de BD, créateur des affiches des derniers films de Resnais. A observer dans toute sa maîtrise et sa pertinence Catherine Meurisse, dessinatrice de presse à « Charlie Hebdo », « Libération », « Marianne », illustratrice de livres jeunesse, et bien sûr auteure de bandes dessinées. A découvrir au Palais des Gouverneurs les dernières créations de Marc-Antoine Mathieu, un habitué de Bastia et l’un des deux fondateurs de l’atelier « Lucie Lom ». Autre fidèle de la manifestation bastiaise Olivier Douzou avec à son actif une soixantaine de titres publiés aux éditions du « Rouergue », « MeMo », « Le Seuil ». Ce perfectionniste des livres pour enfants a vu ses albums maintes et maintes fois récompensés par des prix. A admirer en particulier dans son exposition au Centre « Una Volta » ces extraits de son très récent travail, « Forêt-Wood », peuplés d’arbres imaginaires, pleins de fantaisie et de poésie. Douzou et son univers pluriel. Douzou et sa délicatesse de trait. Douzou et sa sensibilité emprunte de drôlerie qui sait toujours être si surprenante et étonnante.
Michèle Acquaviva-Pache
« Depuis dix huit ans je viens à Bastia et j’ai pu constater que ce festival a su conserver ses intentions de départ : expositions et scénographies de grande qualité, pas de séparation entre auteurs et public, rencontres de haute tenue, direction exceptionnelle… »
Olivier Douzou
Comment avez-vous choisi les pièces originales de l’exposition que vous consacre « Una Volta » ?
A Rodez, où j’habite, j’ai mis à disposition de Dominique Mattei, organisatrice du festival, mes originaux depuis le début de mon activité. Elle a fait son choix avec pour fil conducteur l’objectif de montrer les différentes facettes de mon travail.
Diplômé en architecture pourquoi avoir bifurqué sur le livre jeunesse ?
Très vite après mes études j’ai intégré une agence de graphisme et j’ai donc eu à travailler sur le texte et l’image. Un jour j’ai fait un livre pour ma fille de trois ans. Ce livre je l’ai montré aux éditions du « Rouergue » qui ont décidé de le publier. Dans la foulée j’ai créé le secteur édition de cette maison d’édition.
Ce qui vous guide dans votre travail ?
Mon premier livre a été celui d’un papa-auteur ! Je suis un autodidacte parce que des écoles pour apprendre à faire des ouvrages pour enfants ça n’existe pas… Avec les petits on a la chance d’avoir un public en éveil, curieux de l’image, et l’on s’appuie sur un support où l’on peut tout inventer : histoire, dessin, règle du jeu.
Votre préférence va-t-elle au texte ou à l’image ?
Les deux vont ensemble. Ils se combinent. S’il m’arrive d’écrire des textes pour les autres je n’illustre pas leur production. Le summum pour moi c’est de faire et le texte et l’image. Ce qui est merveilleux c’est qu’on ne sait jamais d’avance comment les enfants vont s’emparer d’un livre ! En tous cas il n’y a pas de recettes…
En vingt ans d’activité votre lectorat a-t-il changé ?
Les enfants sont toujours aussi curieux. Ce qui a changé c’est la multiplication des propositions : en France chaque année, 8000 titres paraissent et en vingt ans on en dénombre 2 millions. Dans ces conditions que l’on puisse encore trouver mon premier livre est très gratifiant.
Auteur, illustrateur, designer, scénographe ces activités plurielles sont-elles une nécessité pour vous ?
C’est enrichissant… Pareil pour mon expérience du livre numérique qui intègre du son, des variations de lumières ce qui me pousse à plus de pertinence avec mes livres papier. Livre imprimé ou numérique on est sur deux registres distincts et l’un apporte quelque chose à l’autre.
Qualité essentielle d’un livre jeunesse ?
Le bon livre reflète la liberté de l’auteur en laissant libre cours à celle du lecteur en ce qui concerne son appréhension et son interprétation.
Tenez-vous compte de l’âge de vos jeunes lecteurs ?
Je me soucie de savoir s’ils savent lire ou non. Encore que je ne m’interdis pas le mot en dessous de deux ans.
Comment vous vient une idée de livre ?
Certainement pas en observant les petits ! C’est l’envie de jouer ou mes émerveillements d’enfance qui sont déclencheurs chez moi.
Le réel ou l’imaginaire, qu’est-ce qui vous inspire le plus ?
Jusqu’à peu j’étais plus porté sur le quotidien, puis l’imaginaire s’est mis à prévaloir. Cette évolution correspond d’ailleurs à celle de la maison d’édition.
Comment avez-vous vu évoluer la manifestation en vingt ans ?
Pas vingt, dix huit ! Depuis dix huit ans que je viens à Bastia, j’ai pu constater que ce festival a su conserver ses intentions de départ : expositions et scénographies de grande qualité, pas de séparation entre auteurs et public, rencontres de haute tenue, direction exceptionnelle… En termes de livres illustrés c’est le premier festival d’Europe.
Ce qui vous plait à Bastia ?
Une architecture peu apprêtée. Un vieux port et une citadelle superbes. Un charme qui donne l’impression d’être transporté à une autre époque !
Propos recueillis par M.A-P