Accueil du site > Culture > RENCONTRE
 

RENCONTRE

vendredi 15 octobre 2010, par Journal de la Corse

Culture Une Antigone corse ! « Â Antigone aux temps présents. Cousines. L’amour empaillé  », trois textes du nouveau recueil de théâtre publié par notre collaboratrice, Michèle Acquaviva-Pache. Trois pièces avec pour cadre : ici et maintenant, et pour scène : la Corse aujourd’hui. Dans sa préface Ghjacumu Thiers synthétise avec pertinence et clarté les intentions de l’auteur : « Â Ce théâtre fourmille de situations saugrenues, cocasses, mais jamais gratuites. La gouaille et le propos parfois cinglant ou brutal côtoient le lyrisme de facture classique et l’épanchement pathétique des stances. Sans mélange des genres mais certainement pour dire combien la chronique du quotidien, la nouvelle de proximité, le fait-divers de notre environnement le plus proche portent en eux l’architecture fatale d’un tragique toujours déjàlà.  » Deux ou trois mots sur les sujets de vos pièces ? « Â Antigone aux temps présents  » renvoie àla question d’être et d’agir dans la cité quand la conscience impose de désobéir àce qui est la loi. « Â Cousines  », àpartir de l’héritage d’une maison ancestrale qui oppose deux femmes, traite du droit au retour, une revendication très fréquente en Méditerranée. « Â L’amour empaillé  » braque aussi l’éclairage sur le microcosme familial mais dans un contexte de spéculation immobilière au cÅ“ur d’une vieille ville. Pourquoi écrire du théâtre aujourd’hui ? D’où vous vient ce goà»t ? Pour moi c’est l’art que j’ai découvert tout enfant et donc mon enfance de l’art ! Élevée àLyon j’ai assisté très tôt aux séances de Guignol, du vrai, celui qui met en scène l’ouvrier canut anarchiste, constamment révolté, et pratiquement dans la foulée j’ai découvert le Brecht de Planchon àVilleurbanne, et le Ionesco de Marcel Maréchal aux Marronniers. Au fil du temps le théâtre est resté, pour moi,  cet art premier, celui du miroir tendu àune société pour qu’elle se cerne mieux grâce àdes textes, des acteurs, des metteurs en scène. Les pièces ont souvent la réputation de n’être pas d’une lecture facile ? La littérature dramatique est une réalité … Notre culture est née avec les tragiques grecs autant qu’avec Platon ou la Bible. Plus près de nous des dramaturges comme Tchekhov, Tennessee William, Hanokh Levin, ou Sony Labou Tanci sont fascinants et la simple lecture de leurs Å“uvres vaut celles des plus grands romanciers … La littérature dramatique existe et pas seulement en version classique. Elle est multiforme, plurivoque, s’adresse àtous les publics. Ses auteurs sont de tous les ciels. Une « Â Antigone 2010  » n’est-ce pas un peu risqué … voire présomptueux ? S’emparer de la figure de la Vierge comme dans « Â Marie que m’as-tu fait  », publié en 2006 et mis en espace àL’Aghja était sans doute beaucoup moins évident ! J’ai voulu une Antigone de la maturité qui se confronte àarmes égales àun Créon qui a de solides arguments. De ce face àface elle devait sortir victorieuse mais non indemne … Antigone est le personnage féminin qui a le plus inspiré la littérature. Un bon demi –millier d’œuvres lui sont consacrées. Une telle récurrence exprime combien cette figure est emblématique et passionnante. Vos thématiques ont des résonances politiques ou sociales. Est-ce àla scène d’aborder de tels sujets ? Je me borne àraconter des histoires avec les moyens du théâtre qui exigent d’aller àl’essentiel, d’être direct. A la différence du roman il doit faire l’impasse sur les descriptions utiles pour créer des climats, des ambiances. Mes sujets je les cueille dans mon quotidien, dans les préoccupations de gens ordinaires. Je ne décrète pas je faire écrire du politique ou du social ! A chacun sa sensibilité … Je parle de ce que je connais, voilàtout ! Le métier de journaliste qui va de pair selon moi avec une curiosité d’esprit et une interrogation permanente de notre société, m’incite également àaller dans ce sens. L’intérêt du théâtre dans la Corse d’aujourd’hui ? En traitant de ce qui nous pose question il est une manière de prendre du recul, de ne pas se laisser bouffer par l’événement que ce soit en convoquant le rire ou le tragique, la dérision ou la poésie. (Interview réalisée par Jean-Noë l Colonna) Lecture et dédicace àL’Isula, rue des Jardins, le 15 octobre, àpartir de 17 heures, en partenariat avec la librairie des « Â Deux Mondes  ».

Répondre à cet article