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Plogoff ou la résistance d’un village breton à EDF et l’Etat français

jeudi 25 avril 2013, par Journal de la Corse

Après le choc pétrolier de 1973, la France passe au tout nucléaire. Plogoff, commune de Bretagne, est retenue pour l’établissement d’une centrale. De l’incompréhension des habitants naît la contestation puis une résistance active. Suite à son élection en 1981, François Mitterrand stoppe le projet comme promis durant sa campagne. Comme Fukushima, la centrale de Plogoff devait se situer sur une faille sismique. L’histoire de cette résistance est aujourd’hui portée au 9e art, aux éditions Delcourt (collection Encrages), par Alexis Horellou, aux dessins, et Delphine le Lay, au scénario. Rencontre avec cette dernière.

Delphine le Lay , sur quelle manière vous êtes-vous basée pour écrire le scénario ? Avez-vous eu des difficultés à remettre toutes les pièces du puzzle en place ?

J’ai rencontré différents acteurs de l’époque, contacté certaines personnes qui s’étaient déjà intéressées au sujet et, bien sûr, accumulé beaucoup de documentations (livres, témoignages, presse de l’époque). Puis, j’ai repris le tout et fait le tri parmi les souvenirs et les interprétations de chacun pour aligner les faits, avec le plus d’objectivité possible et dans l’ordre chronologique réel. Je voulais que mon récit soit le plus exact possible, qu’il ne trahisse personne.

Vous êtes-vous sentie tout à fait livre de raconter ce que vous voulez ? Avez-vous subi des pressions ?

Je savais, en commençant mes recherches, que certaines personnes ne souhaitaient plus parler de ces événements. J’ai donc dû prendre des pincettes et expliquer ma démarche à ceux que je voulais rencontrer. Mais les portes se sont ouvertes sans problème finalement. Je me suis sentie libre de raconter ce que je voulais. Ma seule contrainte était celle que je m’imposais à moi-même : respecter la réalité historique des événements.

La vie quotidienne des habitants est très détaillée. Pourquoi vous a-t-il paru important de la dépeindre si finement ?

Je voulais montrer que ces gens étaient comme n’importe qui n’entre nous. Pas du tout préparés à ce qu’ils allaient vivre. Les témoignages que j’ai recueillis disaient souvent que « la vie continuait », alors que le village était en état de siège. C’est la forte occupation militaire dans ce quotidien sans histoire qui a créé le sentiment d’injustice, d’où est partie la révolte.

Les habitants d’un petit village comme Plogoff opposés à EDF, c’est un peu David contre Goliath, non ?

Oui, d’autant plus que les moyens mis en œuvre par l’Etat étaient colossaux. Cela dit, les opposants ont été soutenus par beaucoup de monde, en Bretagne et ailleurs. Ce qui a notamment permis que leur combat atteigne l’opinion au niveau national.

Ceux qui s’intéressent à la langue bretonne se régaleront en lisant le livre. Aviez-vous prévu dès le départ d’intégrer cette donnée linguistique dans votre projet ?

Les mots prononcés en breton sont des chants et des cantiques. C’est, là encore, la réalité des faits. Les traditions locales et religieuses ont fait partie de la spécificité de cette lutte. Je ne pouvais pas contourner cela. Et puis, ce sont mes racines. Tout cela m’est familier...

Francescu Maria Antona

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