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ON EN PARLERA DEMAIN Vin corse : une aventure exemplaire

jeudi 6 janvier 2011, par Journal de la Corse

Demain Demain

L’histoire du vin corse ressemble à celle de l’île : tourmentée. Et bien des épisodes sont à venir.

Six siècles avant JC, les Grecs auraient planté le premier vignoble. Les Romains ont probablement eux aussi cultivé la vigne. Ensuite, la décadence puis la chute de l’Empire romain d’Occident, les incursions des peuples du Nord et les raids barbaresques, ont provoqué l’abandon des principales zones de production située à proximité des rivages. Il faudra attendre la « paix génoise » pour que la vigne retrouve vraiment une place dans la production agricole et que le vin soit à nouveau intégré aux échanges commerciaux. Avec la souveraineté française, l’extension du vignoble s’est poursuivie. A la fin du 19e siècle, il occupait environ 30 000 hectares. Malheureusement le phylloxéra a eu raison de cette vitalité. Les larves de ce puceron ont provoqué la destruction de milliers d’hectares. Un malheur n’arrivant jamais seul, les pertes humaines de la Grande Guerre ont elles aussi participé à la ruine du vignoble. Il a fallu attendre le début des années 1960 et l’arrivée des rapatriés d’Afrique du Nord, pour que soit planifiée une relance de l’activité viticole. Au début des années 1970, la vigne a occupé plus de 30 000 hectares.

L’effet Aléria

Mais cette croissance rapide a tourné court. Centrée sur une production d’entrée de gamme et la recherche de hauts rendements, elle a donné lieu à des procédés très contestables - dont la chaptalisation à outrance et certains coupages - allant à l’encontre de la qualité et de l’identité. Seul le Syndicat de défense des vins de Patrimonio a alors contesté cette orientation aussi productiviste que désastreuse. Se montrant précurseur, il a œuvré à la création de l’appellation contrôlée Patrimonio intervenue en 1968 (une première dans l’île). Cette démarche a alors attiré une nouvelle génération de producteurs, dont certains issus de la Diaspora, qui ont développé la volonté de revenir à la qualité et à l’identité. Ce renouveau a été, il faut le dire, servi par la montée en puissance du mouvement autonomiste et le « riacquistu » culturel qui ont dominé la vie politique et intellectuelle de l’île au début des années 1970. Après, mais aussi avec l’interdiction de la chaptalisation et des exigences qualitatives plus fortes de la part des consommateurs, le « modèle importé » a pris fin et la production s’est engagée sur le chemin qui est encore le sien aujourd’hui : qualité, identité. Il est même possible d’affirmer que la production viticole est la réussite exemplaire corse de ces 30 dernières années car elle a su allier : la quête identitaire, la montée en puissance d’une culture qualité, terroir et spécificité chez le consommateur, la construction d’une filière, la structuration d’un secteur économique sur des bases saines.

Quatre défis à relever

Mais rien n’est jamais gagné. Aujourd’hui, la forte demande, la raréfaction de la terre agricole, la standardisation des goûts et le marketing éducatif représentent quatre défis à relever. Les viticulteurs doivent résister au productivisme et à la tentation d’une commercialisation trop rapide. Il leur faut aussi faire pression pour que les terres propices à la plantation du vignoble ne soient pas toutes rendues financièrement inabordables ou stérilisées par la promotion immobilière. Ils se trouvent également dans l’obligation de concilier le maintien d’une diversité qualitative et identitaire, et l’essor d’une production plus accessible à des clientèles moins averties qui pourraient se tourner vers d’autres productions. Enfin, se dessine la nécessité d’une stratégie promotionnelle alliant le marketing et l’éducation du consommateur afin de permettre à ce dernier d’opérer le saut qualitatif entre le « bon petit vin » et la qualité supérieure. La palpitante histoire du vin corse est loin d’être terminée.

Alexandra Sereni

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