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Musicales de Bastia : Exceptionnelle Mélissmell

jeudi 1er novembre 2012, par Journal de la Corse

Mélissmell aux Musicales, inoubliable. Bouleversante. On pourrait à plus soif étoffer la liste des qualificatifs. Impossible de ne pas ajouter : superbe… Chanteuse-rockeuse exceptionnelle.

Sa voix rappelle le souffle et l’extraordinaire sensibilité d’une Janis Joplin. Son timbre et son phrasé évoque une Piaf. Mais le mieux c’est qu’elle ne ressemble qu’à elle. Elle, Mélissmell. Vraie. Authentique. Boule d’émotion à vif. Intense en poésie et en rythme. Elle habite la scène avec une trépidence qui la pousse à faire le grand écart. Visage sans traces de fards. Cheveux tout juste peignés mais non apprêtés. Habillée d’un jean à la v’là-j’t-pousse, d’un blouson qu’elle ôte et renfile. Rien ne maquille sa musique. Ses chansons. Les vibrations dont elle embrase la salle. Au théâtre de Bastia elle nous a offert une version rock de son spectacle. On peut en retrouver une plus acoustique sur son album, « Écoute s’il pleut ». Avec ses musiciens une symbiose totale. Stéphane Bonacci (guitares, piano), Jérôme Spieldenner (batterie, harmonium), Claude Dos Santos (basses), elle les a rencontrés à Strasbourg il y a six ans, et poursuit à leurs côtés un travail fertile. Musicalement Mélissmell allie rock et mélodie. C’est aussi un poète incontestable qui joint lyrisme et intimisme. Accents drolatiques d’enfance déclinés en comptine (« Le mouton ») et cri d’une ample rage dénonciatrice (« Les enfants de la crise »). Fronde ironique et révoltée (« Aux armes ») et tendre mélancolie (« L’éveil »). Ses mots sont explosions de souffrance, de celle qui n’apitoie pas, qui ne pleurniche pas tant s’affirme sa rébellion (« Je me souviens », « Plutôt rêver »). Mots d’éclatantes ou de douces couleurs. Mots qui claquent. Mots qui murmurent. Mots qui chantent que « le monde est à refaire ». Mélissmell, un nom que s’est inventé Mélanie Francette Coulet, parce que patronyme et prénom elle pensait que ce n’était pas vraiment ça ! Parce que l’interprète-auteur-compositrice aime cette mélisse dont sa grand-mère certifiait qu’elle guérissait les maux des femmes. « Lis », pour cette fleur de mer étoilée qu’on trouve fossilisée dans son Ardèche. « Smell » (odeur en anglais) adoubé de ces deux « ss » aux résonnances et relents criminels parce que Mélissmell vient d’une famille pro-lepéniste et que le fascisme elle ne supporte pas ! Mélissmell, son nom de scène et le nom de son groupe, un nom sur mesure pour une artiste qui déteste le prêt-à-penser ou la bouillie de la pub… Son concert à Bastia, elle l’a clos sur un chant de Leonard Cohen, chant puissant et dépouillé, chant de gravité absolue.

Michèle Acquaviva-Pache

« Révoltée, un peu moins qu’avant ! Je suis plutôt concernée et… consternée, et le rock, façon poupée Barbie, je le tue ! »

Mélissmell

D’où vient ce souffle, cet élan si puissant qui traversent et propulsent vos chansons ?

Chanter ça me vide de ma souffrance. Ça m’aide à être mieux. C’est un exutoire pas une thérapie. Très jeune j’ai ressenti le e de crier. J’avais la chance de vivre dans un petit village d’Ardèche où j’allais au bord du Rhône couvrir de ma voix le roulement du fleuve et celui du Mistral aussi.

Depuis quand cette nécessité impérieuse de chanter ?

Depuis toujours… Déjà à deux mois m’ont raconté ma mère et ma grand-mère… Chanter fait partie de moi. Comme mes tripes. Comme mes organes. Il n’y a pas eu, un jour, un déclic particulier.

Le désespoir est-il le mot qui vous caractérise ?

Plutôt une forme de mélancolie qui est ultra présente de voir le monde dans l’état où il est ! Bien sûr, j’ai toujours un espoir… avec beaucoup de désillusions. Alors qu’il faut créer demain les gens sont dans la fainéantise mentale ! Moi, je suis pour le partage des savoirs et pour arrêter de fonctionner avec les multinationales.

Les étapes de votre parcours ?

Il y en a eu trois. D’abord je me sentais uniquement interprète et je chantais Brel et Piaf. Au début je manquais complètement de confiance en moi. Parce que j’étais dyslexique. Parce que j’étais née dans un berceau de la non culture et du fascisme. Parce qu’il fallait que toute seule je refasse mon éducation, que je me cultive si je voulais créer ce que je ressentais comme vital. Dans la foulée je me suis mise à la guitare. Dans mon écriture je voulais de la force, du courage. Dans un second temps j’ai rassemblé une équipe de musiciens. Enfin j’ai dû convaincre professionnels et mass média.

Pourquoi cette phase a-t-elle été particulièrement dure ?

Le public me soulevait, mais les professionnels me fermaient les accès du métier. Au début je ne réussissais pas à avoir un seul tremplin. C’était incohérent puisque les spectateurs, eux, répondaient présents. La raison de ce rejet est simple : je viens de nulle part, sinon de ce qu’on appelle la France d’en bas. En prime j’arrive d’un village perdu. Quand j’ai pu avoir, enfin, ma première sélection au festival, « Alors… chante » de Montauban, j’ai eu droit à une ovation de la salle. Ensuite les portes se sont ouvertes, mais je n’ai pas changé : je ne suis pas dans la séduction. Je suis moi.

Une chanson à écrire, à composer c’est une évidence ?

En tournée ce n’est pas possible, il me faut du recul. J’ai des idées, j’ai en tête des sujets, des images, des graphismes. Mais si jusqu’à présent je composais dans l’isolement, dans la nature, maintenant je vais essayer en groupe, car musicalement je sais où je veux aller. Je désire travailler deux spectacles en parallèle, un rock, l’autre de chansons.

Révoltée ? Engagée ?

Engagée, non ! Je n’ai de contrat avec aucune organisation. Révoltée, un peu moins qu’avant ! Je suis plutôt concernée et … consternée, et le rock façon poupée Barbie je le tue ! »

Pas engagée ! Pourtant cette chanson « Bleu marine » ?

A l’origine elle n’évoque pas la vague électorale « Bleu Marine » mais elle renvoie au bleu du drapeau français qui a de plus en plus tendance à prendre le pas sur les autres couleurs.

Comme artiste vos parentés d’âme ?

Léo Ferré, celui de la deuxième partie de carrière. Avec lui je partage la même rage, la même révolte. Je suis très proche de sa pensée et comme lui je suis fâchée avec l’Église.

Votre chanson qui vous ressemble le plus ?

Celle qui va au cœur de ma souffrance : « Je me souviens ». Elle est au cœur de mes tripes, au cœur de mon âme, au cœur de mon cœur. Elle est cri et délivrance.

Indispensable l’osmose sur scène avec vos musiciens ?

J’en ai absolument besoin. Pareil que lorsqu’on est gamin et qu’on joue avec ceux qu’on aime. ?

Vos objectifs de chanteuse ?

J’espère que je n’ai pas fini de tourner autour de la musique … Pour connaitre le monde j’ai fait tous les métiers de graphiste à peintre en bâtiment, de la vente au ramassage de fruits, de l’administratrice culturelle à la boulangerie… Pourquoi je chante ? Si je ne le fais pas je meurs à gros feu !

Propos recueillis par M.A-P

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