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Musicales de Bastia du 3 au 7 octobre

jeudi 27 septembre 2012, par Journal de la Corse

Les promesses de la 25e édition

Barbara Carlotti, Cali, Guy Bedos, André Manoukian, têtes d’affiche 2012. Et toujours des genres musicaux variés. Et toujours des valeurs sûres de la scène. Et toujours de jeunes talents à découvrir

Guy Bedos à retrouver avec bonheur comme Cali, qui, il y a quelques années, entamait les débuts de sa carrière aux Musicales. André Manoukian et ses invités : Malia, China Moses, Benjamin Siksou (ph). Barbara Carlotti, à l’univers si original, cette enfant de Poggio di Venaco, qu’on va – enfin – pouvoir écouter pour la première fois en Corse ! Pépinières de talents en devenir « Sud in Musica » sera à nouveau l’occasion d’aller à la rencontre de jeunes espoirs de la chanson. Comme les années précédentes ils seront en lice pour emporter les différents prix en jeu. Quatre jours durant la Fabrique de Théâtre abritera le concours qu’ils disputeront à 18 heures 30. Lauréate de la compétition 2011, Mélissmell, la percutante, assurera la première partie de Barbara Carlotti, c’est dire qu’il ne faudra pas manquer la soirée du samedi 6 octobre ! Barbara Carlotti c’est une voix, un phrasé, un son, une inventivité poétique qui n’appartiennent qu’à elle, et qui fait sa différence dans l’actuel panorama de la chanson française. Poésie du texte et du ton n’hésitent pas à s’accompagner par moment d’une pointe d’acidité, d’un soupçon d’ironie, d’une touche d’autodérision. Barbara Carlotti sait déployer une palette subtile d’émotions, de la lassitude crue et rageuse d’un « Dimanche d’automne » au bonheur d’un épisode trépident de vitalité d’adolescence, « Quatorze ans ». L’artiste allie le gai et le triste, l’aveu d’impuissance décanté de résignation, « Le cœur à l’ouvrage », à l’instant qui parvient à réconcilier le souvenir d’hier avec un aujourd’hui pas forcément lumineux, « Mon Dieu Mon Amour ». Auteur-compositeur-interprète Barbara Carlotti dit avec une économie de mots les marques du temps « J’ai changé » ou un incident survenu dans une favela, incident imprimé à vif en elle et rapporté dans un style qui réussit à la fois à être allusif et direct, « L’Amour, l’Argent, le Vent ». Par l’image, par le son elle nous emporte en voyage tant son expression est cinématographique. Sa musique ne se contente pas de tisser une atmosphère, elle épouse son verbe, l’exalte, l’illumine pour lui donner une plénitude parfois mélancolique, parfois rayonnante. Au fond, elle chante cette vie qui va, chaotique, traversée de désirs de ce « partir ailleurs », presqu’un leitmotiv de certains de ses textes, animée aussi de cette dynamique, qui, envers et contre tout, la pousse de l’avant comme actionnée par une lucidité ancrée au plus profond d’elle-même… Barbara Carlotti, une bien belle artiste !

Michèle Acquaviva-Pache

« A chaque étape de notre tournée je veux créer un événement particulier. A Bastia j’invite Pierre Gambini à me rejoindre sur scène pour interpréter une de ses chansons en corse. »

Barbara Carlotti

« L’Amour, l’Argent, le Vent », votre dernier album est un peu un carnet de voyage. Vous vouliez d’autres sons, d’autres paysages ?

J’ai écrit mon premier album à Paris, le deuxième à Poggio di Venaco, mon village. Les paysages, mon environnement comptent car ils m’inspirent. Là, je cherchais à sortir de ma manière d’écrire. Être entraînée dans une sorte de pérégrination me paraissait un bon moyen d’y parvenir et de me renouveler. Au Brésil j’ai travaillé les percussions, en Inde le sitar, au Japon le koto. Inde et Japon ont un système modal ce qui m’a obligé d’avoir un rapport différent à la musique, à trouver d’autres solutions, d’autres couleurs.

« Partir ailleurs », comme vous le dites dans un de vos textes cela va plus loin qu’un simple changement de climat ou de ciel ?

Loin de chez soi, au contact d’autres cultures ressurgissent des questionnements qui poussent à revenir à des choses fondamentales qu’on a en soi, à se recentrer, à se retrouver.

On vous présente comme la plus élégante des chanteuses françaises. Mais pouvez-vous imaginer une élégance qui ne s’accompagne pas d’une ironie légère ?

J’écris des textes très sincères, très proches de moi. Quand il y a ironie – je préfère humour – dans une chanson, ce qui n’arrive pas dans toutes, c’est pour avoir une distance par rapport à moi. Mais je peux également utiliser le premier degré comme je peux jouer avec le langage ce qui me plait beaucoup.

Qu’est-ce qui provoque le déclic d’une chanson ?

Les émotions… ou ce que je vois, ce que j’entends, parfois un livre que je me suis approprié, parfois une idée. Je fonctionne toujours de manière intuitive.

Vous semblez aimer l’autodérision. Par pudeur ?

L’autodérision permet d’éviter le pathos qui guette lorsqu’on écrit des choses intimes. Je pense qu’il est important de ne pas se prendre au sérieux tout en travaillant avec sérieux.

Votre album est très soigné, très raffiné, tout y semble pensé, réfléchi même s’il est d’un grand lyrisme. Le passage à la scène devait s’avérer délicat. Comment l’avez-vous réalisé ?

On a pas mal travaillé, en particulier lors d’une résidence d’artistes dans une salle de spectacle. Les solutions on les a trouvées au fur et à mesure. C’est ainsi qu’on a demandé à un musicien supplémentaire de nous rejoindre. D’abord il y a eu une mise en oeuvre au cordeau puis le plaisir est venu en même temps que la scène participait à faire évoluer les morceaux. Après Bastia une tournée d’une quarantaine de dates nous attend qui va aboutir à encore plus d’évolution, encore plus de développement.

Cette évolution dépendra du lieu où vous chantez ?

Je ne peux concevoir un spectacle qui se résumerait en un concert ! Je veux que s’instaure un lien avec l’endroit. Je veux qu’il y ait un contact avec le public d’où l’importance de la dimension scénique. En l’occurrence il faut restituer l’atmosphère étrange, nocturne de l’album grâce, entre autres, aux lumières, au visuel. A chaque étape de notre tournée je veux créer un événement particulier. A Bastia j’invite Pierre Gambini à me rejoindre sur scène pour interpréter une de ses chansons en corse.

Quelle part l’auteur-compositeur que vous êtes fait-elle à l’interprète que vous êtes aussi ?

Pour aller au bout du propos il faut réinvestir, revisiter la chanson qu’on a écrite… Faire comme si on n’en était pas l’auteur-compositeur. Pour chanter bien une de sa création il faut trouver la bonne distance afin d’aborder cette chanson comme si elle était une totale découverte… ce n’est pas facile. Mais j’ai de plus en plus de plaisir à être sur scène !

« Marcher », un mot qui revient souvent dans vos textes. Il est emblématique ?

Comme Björk il me faut être dans le mouvement pour écrire, et marcher c’est le mouvement le plus naturel… En Corse je marche beaucoup, je prends des notes… J’ai toujours de quoi écrire !

Pourquoi hésiter à chanter en corse ?

A Bastia, avec Pierre Gambini j’aurai un bon argument pour me lancer ! A ses côtés, en répétant, j’ai pu vérifier que j’adorai chanter dans cette langue et que cela avait un sens pour moi, même si je ne la maîtrise pas… Et puis j’adore les polyphonies, elles font partie de moi. Canta, les Chjami c’est mon enfance. En Corse, chanter fait partie de la vie !

Propos recueillis par M.A-P

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