Les éditions DCL sortent un dictionnaire corse-français de près de 1300 pages élaboré par les auteurs du Maiò (français-corse). Un outil nécessaire alors que la langue corse est devenu un sujet majeur de l’actualité insulaire.
45.000 entrées
U Maiori, clin d’œil au Maiò (français corse), a été élaboré par Ghjuvan Micheli Weber et Battì Paoli, concepteurs de projets en langue corse au CRDP, par Antoine Louis Culioli, professeur honoraire de linguistique de l’Université et Gabriel Xavier Culioli, collaborateur du Journal de la Corse et écrivain. S’appuyant la base de données rassemblée par les Culioli au cours de trois générations et les apports du Maiò, ils ont mis au point ce volumineux travail. "Nous avons réuni tous les travaux récents et modernes de lexicographie corse, précise Gabriel Culioli, depuis le Falcucci et le Bottiglione en passant par le Ceccaldi, le Ciavatti, le Marchetti, l’ADECEC sans oublier les travaux des Moretti, de Casanova, de Miniconi etc. Nous avons unifié la graphie puisque la plus ancienne n’est plus de mise. Puis nous avons trié ce qui était incontestable des mots plus douteux". Ce sont quatre ans de travail qui ont été nécessaires pour établir ces quarante-cinq millle entrées. Ghjuvan Michel Weber et Battì Paoli ont été très stricts quant à la rigueur du vocabulaire. "Il restait la question des variantes dialectales qui parfois pour ne pas dire souvent induisent une nouvelle entrée" soupire Ghjuvan Micheli Weber. "Si je voulais prendre un exemple je prendrais celui d’alitricità et d’elitricità, d’anori et d’onore etc. Nous n’avons pu être exhaustif car cela aurait exigé un ouvrage de 4.000 pages mais nous avons tenté d’aller au plus près de cette exhaustivité".
Le travail d’une maison d’édition
DCL est à l’origine de ce projet d’autant plus méritoire que la Collectivité territoriale corse a refusé de le subventionner. "J’ai écrit aux deux présidents et à au responsable de la langue corse, explique Gabriel Culioli. Seul Dominique Bucchini a daigné nous répondre. Le président de l’exécutif a fait savoir par le biais d’un chef de bureau qu’à ses yeux tout s’était passé régulièrement et que le dictionnaire n’apportait rien de neuf. Or ce dictionnaire est le seul sur le marché. Il a adopté la graphie moderne. Deux manuscrits ont été envoyés à la CTC à sa demande pour aboutir à cette fin de non-recevoir à la limite de l’incorrection. Parallèlement des dizaines de milliers d’euros ont été distribuées à des ouvrages qui pour l’heure et malgré les années n’ont toujours pas vu le jour. C’est totalement incompréhensible et décourageant." Le coût de ce dictionnaire ne permettra pas qu’il soit rentabilisé. Même si les 1500 exemplaires sont vendus et bien que les auteurs n’aient pas reçu de rémunération (c’était pour eux un geste militant) le dictionnaire accusera une perte financière. Une subvention modeste aurait permis d’éviter ce problème. Mais il faut croire que la cohérence n’est pas le fort de nos politiques. C’est donc aux lecteurs potentiels de corriger cette injustice en achetant ce bel ouvrage et en l’offrant pour les fêtes de Noël. C’est de surcroît un encouragement pour l’apprentissage de la langue corse. "L’objet est beau et il complète la collection du Maiò et du Minò" explique l’un des responsables des éditions DCL. "C’est une aventure de vingt ans qui s’achève pour mon père âgé de 88 ans et pour moi-même" conclut Gabriel Culioli. "Il est incroyable de noter la richesse des travaux relatifs à notre langue et sa difficulté à créer des synergies efficaces. À notre modeste échelle, nous aurons créé quelques outils. Six dictionnaires ça n’est pas rien. Au bout du compte ça valait vraiment le coup même si au quotidien ça n’a pas été forcément évident : écriture, recherche, corrections. Certains jours nous avions l’impression que nous n’y arriverions pas". Ils y sont arrivés. Maintenant aux lecteurs d’acheter et de juger.
P.O.