Pierre-Alain Mayol publie le dernier volet de la trilogie « Mémoires oubliées ». Après « Valle di Paraso », puis « Trois jours dans l’été », « Le Tableau bleu » entraine le lecteur au temps de la guerre d’Algérie, du Front Populaire et des Années Mitterrand, avec des dialogues et des scènes qui ancrent cet épisode en Corse, dans une île viscéralement attachée à ses traditions.
À la façon saga
La saga est une catégorie littéraire qui présente un double défi : affranchir le genre de sa réputation de littérature de gare et l’adapter à un contexte historique, en donnant des clés au lecteur pour lui permettre de cadrer l’histoire et de l’inscrire aussi dans le présent. Le lecteur trouvera dans Le Tableau bleu tous les ingrédients d’une saga : de l’amour et de la haine, des scènes tristes, tragiques, d’autres sentimentales, des intrigues et des manigances, des conflits de générations et des luttes idéologiques et culturelles. La saga offre la possibilité d’aborder l’histoire sous un angle différent, à travers à la fois le prisme de la distance historique et celui du souvenir familial. Car c’est bien de cela dont il est question : Mélina, la veuve Vitali, n’aura de cesse de vouloir forcer les mémoires des uns et des autres pour accéder à celle de sa famille et comprendre, répondre à ses questions, retrouver le sens de ses origines. « La vérité est-elle une exigence absolue ? », comme l’interroge Victor Vitali.
Mémoire familiale
Pierre-Alain Mayol travaille sur la mémoire familiale, une matière brute qui conduit à une forme de naturalisme littéraire, voire de réalisme social, et aussi de sens linéaire, chronologique. Plutôt que de se conformer à ce carcan naturel, l’auteur a choisi un contre-pied pour donner à lire une mosaïque de personnages, où s’entremêlent présent et récit, enquête sur le passé et monde contemporain, un peu comme fonctionne la mémoire, aussi bien individuelle que collective, par touches, par bribes, comme les morceaux d’un puzzle épars qui finissent par se rassembler pour révéler une histoire, celles des Acquaviva et des Norbiers, dont les fils du destin sont mêlés et que Mélina s’efforce de déchiffrer. Elle finira par y trouver des réponses et l’amour.
Myriam Mattei
Pierre-Alain Mayol, Le Tableau bleu – Mémoires oubliées, édition Gunten, 318 pages, 18 € Citation : « Une forme de naturalisme littéraire »