Réflexions sur le nationalisme moderne
Dans son essai politique, Denis Luciani dans son essai politique porte une réflexion sur le nationalisme moderne, en ouvrant notamment des pistes sur l’avenir méditerranéen de l’île.
Remise en cause
Denis Luciani, militant engagé, enseignant, est fortement imprégné par la culture corse, les valeurs traditionnelles insulaires, et les événements tumultueux politiques de l’époque d’Aléria, qu’il a vécu adolescent. Nul doute qu’il sait de quoi il parle. Il remet ainsi en cause un certain nombre de dogmes et évoque les postulats erronés de départ du nationalisme. Il rappelle que l’une des erreurs a été le principe de la lutte armée, qui est arrivée avant toute stratégie, restant dans le domaine purement idéologique, que les actions ont précédé la réflexion, et que cette structuration du nationalisme s’est également faite dans un contexte gauchiste particulier, qui était celui de mai 68. Autre erreur de départ selon l’auteur, le manque d’analyse géopolitique de la place de la Corse dans la Méditerranée. Il met également en perspective les différences entre le peuple corse d’aujourd’hui et celui des années 70.
Celui d’un peuple souverain
L’univers nationaliste d’hier ne peut plus être le même que celui d’aujourd’hui. Il n’est plus celui de la contestation, il doit être celui d’un peuple souverain, qui comprend sa place dans le monde, notamment en Méditerranée, l’une des pistes pour l’avenir. Car si Denis Luciani livre des constats plutôt sévères et préoccupant sur le présent de la Corse, comme la présence massive du secteur administratif, l’assistance clanique, la décorsisation de l’île, l’aliénation foncière et culturelle qui conduisent à une disparition du peuple corse, il n’en reste pas moins optimiste, en « passant de l’assistanat à une économie de production de richesse, une économie dynamique et au développement d’un secteur privé pluriel pour arriver à l’autonomie financière ». Ce livre est comme un acte militant pour ouvrir une nouvelle voie au nationalisme, plus ancré dans le dialogue, la démocratie, tout en plaçant la « question corse » au sein de problématiques économiques, sociales et géopolitiques.
Myriam Mattei
Denis Luciani, Peuple et Nation corses au XXIe siècle, éditions Anima Corsa, 203 pages, 17 €