Dans le prolongement de ce récent Noël, on se souviendra de Liszt et de son oratorio (1) « Christus », composition d’envergure mondiale dont l’auteur est trop souvent pris et presque uniquement comme l’un des plus grands pianistes du XIXème siècle. Or il faut le compter en toute honnêteté critique comme un compositeur éminent, maître de la grande forme symphonique avec Berlioz et Wagner. Chercheur passionné, explorant la musique à la quête d’une réponse aux questions fondamentales de la vie et aux choses ultimes de l’existence. On doit à Jean Yves Clément, commissaire général de l’année Liszt en France en 2001, un ouvrage riche et documenté sur le compositeur de Christus. On y trouve toutes les raisons qui rappellent que Liszt eut, entre autres mérites, celui d’avoir été l’un des meilleurs orchestrateurs de son temps. Les besoins musicaux des diverses fêtes, cérémonies, spectacles lui donnèrent accès à l’univers de nouveaux genres, de nouvelles formes et de possibilités d’expression neuves, souvent hardies mais justifiées. Christus : le plus grand triomphe intérieur des années passées à Rome. Liszt puisa à la source pure des Ecritures, à celle de poèmes d’auteurs d’hymnes du Moyen Age et de la liturgie catholique. L’ouvrage compte douze parties et le Pater Noster. Le déroulement de l’œuvre est purement intime. Il se situe au niveau de l’âme. Nous avons affaire à l’une des flèches que Liszt décocha dans l’espace infini de l’avenir. C’est là une musique pure, noble et d’une grande beauté. On pourra se procurer une bonne version de Chrtistus signée James Colon, avec Benita Valente notamment, soprano qui possède une surprenante virtuosité vocale (2). Cosima, fille de Liszt, comme on sait, se reconnut surprise que le catholicisme fût capable de produire une œuvre d’art qui le résumât d’une façon aussi vivante et saisissante. C’est bien l’apport si étonnant de son père. La beauté est ce qui relie l’homme à Dieu, du moins pour un croyant aussi engagé que Liszt. Il est grand temps de faire valoir mieux encore qu’elle l’est cette œuvre exceptionnelle. Christus est le rêve d’amour universel du plus humain d’entre les hommes
Vincent Azamberti
(1)oratorio : drame lyrique sans mise en scène
(2)Warner 2564611672