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LES « BELLES LETTRES »

jeudi 22 novembre 2012, par Journal de la Corse

Et voici, dans la grisaille des jours, l’éclair et le choc de ce « Sermon sur la chute de Rome ». L’auteur, Jérôme Ferrari, vient d’être couronné du prix Goncourt, cachet souverain de la littérature française. Nous n’avons, dans cette chronique, aucune prétention à la critique littéraire.

Comme vulgaire lecteur, nous pouvons dire simplement à quel point la lecture de son roman nous a saisi. L’auteur, lui, n’est pas seulement un « livreur » ou faiseur de livre, c’est un écrivain c’est-à-dire un littérateur. Car la littérature a quelque chose d’inexprimable, par la communication de l’émotion, sensitive ou esthétique, mais aussi par la pensée qu’elle remue et éveille. Il n’est, du moins en apparence, nullement question de la prise de Rome et de son saccage par Alaric, roi des Wisigoths au début du Ve siècle, ni même de Saint Augustin. L’évêque d’Hippone (Bône) se servit seulement de cette chute qui ébranla l’empire romain occidental, pour l’instruction de ses fidèles, sans doute dans ses sermons ou dans un de ses ouvrages fondamentaux comme « La cité de Dieu ». En tout cas Jérôme Ferrari cite le prélat chrétien en tête de son roman avec la phrase suivante : « Le monde est comme un homme, il naît, il grandit et il meurt. » Paul Valery, d’origine corse comme Ferrari, écrivit, quinze siècles après : « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles. » La similitude d’idées est grande. La métaphore centrale du roman du Goncourt 2012 est celle du bar d’un village perdu de Corse avec ses personnages, portant tous des noms corses. Ce microcosme est comme le macrocosme du monde. Le Corse Ferrari, a-t-il pensé au Numide Augustin en écrivant son livre, comme à la réception du prix prestigieux ? Le fait est que le Numide fut le dernier grand écrivain de la littérature latine, pour ne pas dire un des plus grands. Ferrari lui-même est philosophe de métier et comme tel, son ouvrage contient autant de visible que d’invisible. Ne se termine-t-il pas par l’évocation « de l’étrange sourire mouillé de larmes que lui a jadis offert la candeur d’une jeune femme inconnue, pour porter un témoignage » de la fin en même temps que des origines, car c’est un seul et même témoignage. Voilà. Jérôme Ferrari réussit ainsi avec Augustin à faire passer l’immense richesse d’antan, en pensant le monde et l’absence du monde et parlant à des ombres qui sont en lui. Voilà ce que modeste lecteur, nous avons trouvé dans ces pages de littérature française authentique et moderne. On a évoqué dans la presse locale le nom du Bastiais Claude Farrère qui fut, lui aussi, un lauréat du prix Goncourt et un bon littérateur. On peut ajouter également, à Farrère, Paul Valery, Vincent Muselli et tant d’autres comme celui qui ouvrit la voie des Corses dans la littérature française et de sa langue nationale dont elle constitue une sorte de dépôt sacré, Napoléon lui-même. Car Napoléon a été en effet le premier des Corses à ouvrir pour eux la voie de cette littérature. Thiers avait dit, approuvé par Sainte Beuve, que Napoléon fut le premier écrivain de son temps et que sa personnalité domine la littérature de cette époque. Le « Souper de Beaucaire », ses proclamations et ses lettres en témoignent. De toute manière, le Goncourt de cette année explose à la devanture du libraire. Excellent !

Marc’Aureliu Pietrasanta

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