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LE POUVOIR À RECULONS

jeudi 29 novembre 2012, par Journal de la Corse

Il fut un temps où les péripéties électorales corses faisaient les choux gras de la presse française. Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, voici la France entière ébahie par le dépouillement agité du scrutin pour élire le président de l’UMP (Union pour un mouvement populaire.) Trente six heures d’attente des résultats. Une séquence chaotique, digne du théâtre de boulevard. Un ridicule suffisant à nourrir, toute une saison, caricaturistes et chansonniers.

Ces pantalonnades portent atteinte à la confiance des citoyens dans le système démocratique. Certes, le fonctionnement de toute démocratie implique la compétition. Et celle-ci est rarement angélique. Mais la droite vient de donner une image déplorable de l’exercice du suffrage universel, base fondamentale de la République. C’est bien de la droite qu’il s’agit. On a coutume de considérer que son électorat est formé de trois sensibilités, réactionnaire, conservatrice et libérale. Depuis 1958, la droite républicaine a eu deux stratégies pour accéder au pouvoir. La première, d’esprit gaullien a été celle d’un rassemblement du peuple tout entier autour d’un chef charismatique, en ce cas le général de Gaulle. Ce mouvement portait le nom de RPF (Rassemblement du peuple français) trait caractéristique : il permettait la double appartenance. La légitimité du Chef de l’État se fondait sur le critère essentiel de l’intérêt national, au-delà des partis. Une autre stratégie s’est par la suite substituée à cette conception d’une transcendance unanimiste. Plus réaliste la droite s’est recomposée en deux formations, la droite classique, traditionnelle et conservatrice avec le RPR (Rassemblement pour la République), la droite centriste, libérale et moderne avec l’UDF (Union démocratique française). L’alliance entre ces deux formations était profonde et conforme à leur électorat. Seulement la guerre des chefs la minait au point qu’elle conduisit à l’échec. Voulant remédier à cette tare des luttes pour le pouvoir, la création de l’UMP absorba le RPR et une grande partie de l’UDF avec notamment les Républicains indépendants. Faut-il voir dans l’affrontement Copé-Fillon les prémices d’un retour au statu quo ante de la droite ? Fillon a parlé d’une « fracture politique et morale dans le camp de l’UMP ». L’avenir le dira. Cette rupture apparemment n’avait été ni ressentie ni exprimée ni voulue au cours de la campagne et de la votation par les électeurs de base. Faut-il voir une fois de plus en cela le fossé qui se creuse entre le peuple et les élites ? Jean-Jacques Rousseau a fortement imprégné le système représentatif français. Il reconnaissait pourtant que la distinction des gouvernants et des gouvernés ne peut être supprimée. N’a-t-il pas écrit dans le « Contrat social » : « A prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné » Il ne se faisait pas d’illusion.

Marc’Aureliu Pietrasanta

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