Chet Baker : « le chuchotement d’un ange aux ailes brisées ». Trompettiste, bugliste (1), chanteur et compositeur américain (1929-1988), c’est à Berlin qu’il découvre dans le 298e Army Band le jazz moderne. Notamment Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Libéré, il étudie l’harmonie et la théorie musicale. Il joue dans des clubs pour la première fois. Une déception amoureuse le décide à rempiler et en même temps parfaire son éducation musicale. Mais il déserte pendant un mois et se voit réformé pour raisons psychiatriques. A Los Angeles en 1950, il joue avec Stan Getz et Charlie Parker, puis dans le quartette de Gerry Mulligan, au sein duquel il participe à l’enregistrement de « She didn’t say yes, she didn’t say no ». Mulligan le retient pour son célèbre pianoless quartet. Mais quittant Mulligan, il forme un quartette propre à dévoiler ses dons de chanteur. Quoique touché par la drogue, il enregistre une dizaine de disques. A plusieurs reprises il est arrêté pour usage de stupéfiants. De retour en Europe où il s’établit de 1959 à 1964. De nouveau arrêté, il est condamné à 16 mois de prison. Cependant, à sa libération, tournées et disques se multiplient. Il découvre le bugle. De retour à Los Angeles, il survit péniblement. Devant un accueil méfiant, il retombe dans la drogue, mais revenant en Europe, il devient plus grave et plus audacieux. Enregistrements, rencontres, associations reprennent à un rythme frénétique. Malheureusement, il fait une chute mortelle de la fenêtre de sa chambre d’hôtel à Amsterdam. C’est là l’histoire d’un surdoué maudit. A la disposition des amateurs avertis, se trouve un album de qualité que l’on n‘a pas
pas hésité à donner pour titre : « Le meilleur de Chet Baker ».(2) . Sept pièces le composent. A l’entendre, on peut se permettre de noter que Chet était si doué que c’en était presque injuste. Rarement musicien de jazz aura approché avec tant de naturel l’évidence et le mystère de cette musique. Musicien né, improvisateur intuitif, décourageant à force de facilité. « Je pense que Chet, dira Mulligan, possédait une espèce de talent hors norme. Chet n’a jamais, pas une seule seconde, triché avec la musique. Il a toujours joué « son jazz » comme on joue sa vie. » (3).
Vincent Azamberti
(1) Bugle : instrument à vent dont le son est intermédiaire entre celui de la trompette et du trombone. (2) Jazz collectors (3) Sources Dictionnaire du jazz (Laffont 2004) Portraits légendaires du jazz (Pascal Anqueil) Tana Ed.