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Le droit est aussi poétique

jeudi 1er novembre 2012, par Journal de la Corse

L’avocat bastiais Laurent Bindi propose ici de redécouvrir le langage juridique, dans tout ce qu’il apporte à la langue, dans sa forme prosaïque qui lui confère une forme de poésie, à tout le moins une certaine musicalité dont la partition n’est pas si étrangère pour peu que le néophyte s’y plonge sans a priori. Faisant fi du jargon et de son style parfois ampoulé, l’auteur démontre qu’expurgé des termes propres au métier, le droit est aussi poétique.

Écriture plurielle et littéraire

A. A. L Bindi est avocat, mais aussi écrivain. Outre des ouvrages plus engagés et très marqués par la « corsitude », dont « Naufrage de l’autonomisme corse 1982-1987, Autonomisme luttes d’émancipation en Corse…, Corse – entretiens avec 19 personnalités, il est auteur entre autres de Elle, Sylvie ou comment S. écrire et Adresse au père ». Cette fois-ci, Ange Laurent Bindi n’écrit pas de lettre, ni à son père, ni à Sylvie. Point de genre épistolaire, ou d’essais, ni de textes autobiographiques. Plutôt une autopsie de textes juridiques pour en tirer la quintessence poétique, en démontrer toute la beauté et la spécificité langagière, à travers les plaidoiries, prononcées comme des litanies, interminables. Plongée dans le matériau procédural, au civil, pour comprendre le lien entre la Justice et l’énoncé de la Vérité.

Langage juridique

Quoi de plus rébarbatif pour le non initié qu’un acte juridique ? Qui a déjà jubilé, hors les professionnels du barreau, à l’idée de lire tout un acte de bail, ou d’hypothèque ou d’état civil ou autre de ce type, jusqu’aux textes de lois, aux présentations et conclusions au tribunal ? Et pourtant à suivre le raisonnement et la démonstration de Laurent Bindi dans ce qu’il souligne la justesse des termes employés, la précision syntaxique, le rythme ultra policé, le sens de la formule, on comprend mieux la construction de ces actes. L’auteur, à partir d’exemples concrets pris dans l’expérience des hommes et des affaires, du conflit, invite en quelque sorte à jeter un œil dans les coulisses juridiques, pour mieux appréhender la beauté des textes très travaillés et ultra construits. Lire plusieurs fois, c’est s’imprégner de cette étrange musicalité du langage juridique, et tomber d’accord avec l’auteur qui affirme que « le Droit est poétique ».

Myriam Mattei

A. A. L Bindi, Formulaire poétique du droit, L’Harmattan, 120 pages, 12,90€

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