Il est communément admis que c’est grâce à Guy de Maupassant (1850-1893) que l’image de la Corse comme « une montagne dans la mer » s’est largement répandue.
L’île lui a effectivement fourni le cadre du voyage de noces de Jeanne et Julien qui ouvre son roman Une vie (1883) et lui a inspiré une bonne dizaine de nouvelles et récits. Ces textes, Jean-Dominique Poli les a édités en 2007 et les a accompagnés d’une introduction analysant l’image que Maupassant a créée de la Corse. En vérité, l’auteur de Bel-Ami n’a effectué qu’un seul voyage en Corse, à l’automne 1880 : à l’époque Maupassant commence tout juste à jouir d’une certaine notoriété, notamment grâce à la publication de sa nouvelle « Boule de Suif ». Il vient voir sa mère qui séjourne, pour des raisons de santé, à Bastelica. Sa venue est annoncée dans la presse locale, il est invité par les grandes familles et assiste à une séance du Conseil général, avant de se rendre à Corbara, par l’intérieur de l’île, pour rendre visite au Père Didon, célèbre orateur alors « en exil » au couvent des Dominicains, et de revenir par la Côte. S’il témoigne quelque peu ironiquement de la vie politique locale, il admire les paysages (il estime que « le Val di Niolo est la plus belle chose qu’il ait vue au monde après le Mont-Saint-Michel ») et agrémente le récit de son voyage avec des histoires « des hommes du maquis ». Avant de tirer de son séjour corse des œuvres de fiction (nouvelles et récits), il donne, en septembre et octobre 1880, trois chroniques au quotidien conservateur Le Gaulois : « La patrie de Colomba », « Le monastère de Corbara » et « Les bandits corses ». Ce sont ces trois textes que Henri Mitterand (avec un seul « r » qui le différencie des autres), grand spécialiste de Zola et du naturalisme, a repris dans le volume réunissant les « Chroniques méditerranéennes » de Maupassant. Ils y voisinent de ceux que l’écrivain a écrits lors de ses voyages sur la Côte d’Azur, en Italie (celles consacrées à Gênes et à Florence ont une saveur particulière pour le lecteur corse) et au Maghreb. Le souci du détail leur confère, à tous, une vivacité captivante. L’introduction générale de Henri Mitterrand et ses commentaires, qui précèdent chaque chronique, établissent les éléments essentiels du contexte et complètent ainsi le plaisir de lecture.
Karl Zieger