Chant d’amour et de douleur pour une mère disparue
Initiative audacieuse : Jacques Filippi présente « Kaddish », le 12 janvier, sur la grande scène bastiaise Un texte sublime, percutant, bouleversant d’Allen Ginsberg, l’un des piliers de la « Beat generation ».
Le kaddish c’est la prière pour les morts dans la religion juive et cette prière Ginsberg l’a composé en mémoire de sa mère qui s’est éteinte dans un hôpital psychiatrique. Le poète tisse son texte avec une tendresse et une égale virulence. Naomi, sa mère prise dans des ouragans de folie, a crucifié son enfance et son adolescence. Effroi. Angoisse. Hantise des crises déferlantes sur un gamin qui m’en pouvait mais… Il y a dans « Kaddish » des évocations de délires terrifiants et de cruauté révoltante. Bien sûr la démence !.. Bien sûr les souffrances de celle qui les éprouve dans son corps et son esprit !.. Et ce gosse qui en subit les conséquences ! Et parfois – aussi - le rappel de moments presque cocasses comme pour distordre une réalité asphyxiante. Alors l’enfant se sauve dans la haine. Une haine immédiatement relayée par l’amour. Une lame d’amour. Ginsberg coule dans la cire des mots une langue au rythme éruptif. Explosif et explosé hors des codes de la ponctuation et de la syntaxe. Un flot catapulté dans une trajectoire tragique puis vivifié par ce qui ressemble à une réconciliation demandée et accordée. Une réconciliation mère-enfant dans un au-delà de la vie qui écrit in fine la résilience du fils. « Kaddish » est un superbe poème avec sa profusion de sentiments contradictoires et sa richesse d’ambivalences. Il touche aux tripes avec la brutalité de césures de phrases et de ruptures de tempo. Poème orchestral proche d’un jazz transcendant contingence de toutes détresses. Jacques Filippi dont le jeu s’adapte aussi bien à la comédie qu’au drame a choisi d’allier danse et musique au texte de Ginsberg. La danse avec le chorégraphe Thomas Mettler. La musique, celles de Bach, Verdi, Purcell, des Doors, Phil Glam, Ma Rainey sur une mise en scène de Jacques Tresse. Un texte comme il y en a trop peu. Et qui devrait rappeler à beaucoup d’humilité nombre de ceux qui ont de vaines prétentions littéraires…
Michèle Acquaviva-Pache.