Le second tome du conte « Le Bois des vierges » vient de paraître, aux éditions Delcourt. Le pacte de paix entre hommes et bêtes est violé, et la guerre est déclarée. Sur un dessin de Béatrice Tillier, Jean Dufaux, un scénariste prolifique, nous parle de cette trilogie.
Jean Dufaux, considérez-vous cette histoire comme un conte, ou plutôt comme une fable, à cause des animaux ?
Comme un conte ! Je suis précis là-dessus, car ça fait partie des trois contes que j’avais envie d’écrire pour la bande dessinée. Il y a donc eu « Monsieur Noir » chez Dupuis, avec Griffo, il y a « Le Bois des vierges », et il y en a un troisième en cours. Il s’agit d’une série de contes, une revisitation des contes.
En combien de tomes est-ce prévu ? Y-a-t-il un développement possible ?
Normalement, c’est une trilogie. Mais comme les personnages vivent, existent, comme il y a un passé, un futur, effectivement, toutes les portes ne sont pas fermées. En revanche, l’histoire de la Belle et la Bête inscrite dans « Le Bois des vierges », se termine en trois volumes, et d’ailleurs dans le deuxième, le Bois des vierges s’enflamme et disparaît. On ne peut donc pas continuer comme ça, ad vitam aeternam, à tirer sur la corde. Il y a trois volumes, un début, un milieu, une fin, qui sont choisis dès le départ et puis après, comme c’est un univers qui correspond très bien graphiquement à Béatrice Tillier, et qui me correspond aussi au niveau narratif, je peux broder beaucoup de choses.
Quels sont les principaux thèmes de cette série ?
Un thème qui m’obsède, à savoir le rejet de la différence. La différence faite de poils et la peau, entre la bête et l’homme. Je ne me situe pas d’un coté, mais des deux cotés. Nous avons tous une bête en nous, et les bêtes ont toutes en elles une part de bête humaine. Donc quelque part, c’est une guerre idiote bien évidemment. Je traite aussi des transgressions et des différences dans les relations humaines, dans l’amour et dans les sentiments, c’est-à-dire que l’humain rejoint le pays ou la carte. Chacun se bat contre l’autre, jusque dans la chambre nuptiale, comme on peut se battre sur un champ de bataille. Ce sont deux grands thèmes du « Bois des vierges ».
Pourquoi as-tu choisi Béatrice Tillier pour dessiner cette histoire ?
L’histoire est venue après Béatrice. Je ne suis pas allé vers elle en songeant au « Bois des vierges ». Je suis allé vers une jeune femme dont j’apprécie énormément le style et les albums. Je l’avais déjà rencontré trois ou quatre ans auparavant, mais elle était déjà prise. Un jour, grâce à Marya Smirnoff, notre éditrice, la rencontre a pu se faire à nouveau. Et ce n’est qu’à partir du moment où j’ai pu l’entendre, la voir devant moi, que j’ai commencé à développer un thème qui pouvait correspondre à son univers graphique. Je crois qu’un scénariste doit réfléchir à l’univers graphique sur lequel il va raconter. On ne raconte pas n’importe quoi, on raconte une histoire qui va dans le sens du dessin, qui peut le bousculer, qui peut l’ouvrir ou le refermer, qui peut donc jouer avec ce dessin-là. J’ai donc imaginé cette histoire pour la technique narrative de Béatrice Tillier.
Francescu Maria Antona