Île : étendue de terre entourée d’eau de tous côtés. Définition géographique normale. Cependant une première difficulté se présente. Elle est de caractère géométrique s’agissant de surface puisqu’étendue il y a de l’immense à l’infime.
La plus petite, peut être un simple îlot, la plus grande un continent. Les exemples abondent sur les cartes. Voyez l’Océanie, une des cinq parties du globe. Et puis dans un journal une brève information : le Japon et la Chine se disputent un rocher sur la mer qui sépare les deux pays. Contentons-nous de citer, à titre d’exemple, l’Indonésie ou les Philippines. Celles-ci, à un millier de kilomètres à l’Est du Vietnam forment un archipel s’étendant sur plus de 1600 kilomètres du Nord au Sud. Il comprend deux grandes îles montagneuses l’une au Nord l’autre au Sud, neuf îles moyennes, mille petites îles habitées et six mille îlots. En tout 36.300 km de côtes et 300.000 km de superficie. L’Indonésie, pour sa part, est un État insulaire de l’Asie du Sud-est, formé d’au moins 17.000 îles dont plus de la moitié est inhabitée. Superficie 1.904.570 km2. Ces exemples suffisent. En somme la définition de l’île suffit à la géographie physique. Elle s’applique à deux éléments essentiels de la planète : la terre et l’eau. Les deux autres étant l’air et le feu. Mais cette formulation très large du caractère d’une île ne saurait convenir à la géographie humaine où entrent en jeu l’économie, la démographie, les relations et communications commerciales etc… Même si l’approche de la géographie physique n’est pas à dédaigner, comme le caractère montagneux ou plat, la nature des côtes, la situation, le climat. Il n’empêche. Laissons-là nos illustrations asiatiques. Qu’en est-il de l’Europe. Physiquement, on a vite compris que les pointures ne sont pas les mêmes. Certes. Alors l’insularité crée-t-elle une solidarité ? C’est ce qui nous intéresse. On a beaucoup parlé en Corse du handicap de l’insularité. Mais ce handicap est-il applicable à toutes les îles ? Il peut-être au contraire un atout en offrant un challenge à gagner, une épreuve à surmonter. Voyez la Grande Bretagne réussissant au 19e siècle à dominer le commerce mondial avec son industrie et sa flotte. Son caractère insulaire l’a aidée, à plusieurs reprises au cours des siècles, pour la protéger des envahisseurs. Bien, mais à part cela n’y a-t-il pas une sorte de lien identitaire de compréhension et de sympathie de nature à créer une entente commune ? Ici l’Indonésie et les Philippines unies par le colonialisme hollandais ou espagnol et américain ne sont pas des exemples d’entente identitaire. Oui, mais alors l’Europe d’aujourd’hui. Les îles ont des intérêts communs non ? C’est à voir. L’histoire en a décidé autrement. La prospérité de la Méditerranée (qui n’était pas tellement celle des îles) a été effacée à partir de la Renaissance par celle de l’Atlantique, de la Grande Bretagne et de la Ligue Hanséatique. On y a trouvé beaucoup plus de concurrence et de conflits que des intérêts communs, entre l’Irlande, les îles danoises, ou l’île britannique. Mais enfin, à l’intérieur de l’Union Européenne n’y a-t-il pas une alliance des îles ? Ah bon ! Vous parlez du rêve corse visant à palier la faiblesse de l’île ? Oui, va pour un club de bonnes manières et de bons sentiments. D’accord, mais où se trouvent les applications ? Déjà, la Grande Bretagne fait bande à part. Ensuite les îles du Nord ne semblent avoir aucun intérêt commun avec leurs identiques grecques et même méditerranéennes dans leur ensemble. Certes, ce sont les États de terre ferme qui donnent le la. Mais l’Irlande, capitale Dublin et l’île de Seeland, capitale Copenhague, ont-elles appelé à la mutualisation des dettes ? Non. Y-a-t-il eu un grand nombre de touristes en Corse se réclamant de ces îles ? Un club de bonnes manières et sentiments, telle est cette union d’insulaires. C’est déjà ça, mais cela n’a pas de poids ni de force. Les îles comme leur nom l’indique sont avant tout des isolées.
Marc’Aureliu Pietrasanta