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Interview Virginie Cervoni

jeudi 6 janvier 2011, par Journal de la Corse

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« Il ne peut y avoir d’économie digne de ce nom sans assurer les droits humains de tous : manger, se soigner, se loger, être éduqué … L’État doit jouer un rôle régulateur. » Virginie Cervoni

Les avocats du libéralisme voient dans le capitalisme un ressort fondamentalement libérateur pour l’individu. N’est-ce pas un peu court ? Quid des conditions infrahumaines de l’industrialisation, de la traite des Africains, du travail forcé dans les ex-colonies, etc ?

On ne peut omettre qu’une certaine prospérité de l’Occident s’est construite sur l’esclavage, le travail des enfants, la répression ouvrière … Mais il y a toujours eu ambivalence de l’argent qui en tant que moyen facilite les échanges et en tant que fin aboutit à l’enrichissement d’un petit nombre sur le dos du plus grand nombre. L’objectif du capitalisme étant le profit maximum c’est là où réside le vice.

Autre thèse libérale par excellence : le capitalisme va de pair avec la démocratie. La réalité ne montre-t-elle pas que ce n’est pas forcément vrai ?

L’exemple de la Chine, entre autres, démontre que le capitalisme peut très bien s’accompagner d’autoritarisme politique. On voit également beaucoup d’acquis sociaux cassés dans les démocraties, preuves qu’il y a, me semble-t-il, un antagonisme entre démocratie réelle et économie de marché. Et cette contradiction risque d’augmenter si des peuples vivants en démocratie finissent par être tellement en colère contre le système économique qu’ils se tournent vers les tenants de régimes forts n’ayant plus rien de démocratiques.

La chute du mur de Berlin a consacré la faillite du communisme à la soviétique. L’actuelle crise mondiale n’est-elle pas un signe annonciateur de la faillite du capitalisme ?

Le capitalisme nous a accoutumé aux crises successives. Il a une grande capacité à rebondir. Aujourd’hui il s’agit surtout d’une mise en cause de l’économie financière qui a créé d’énormes, d’immesurables, et d’immaîtrisables quantités d’argent virtuel.

Si on retient le lien entre capitalisme et démocratie, une déroute du premier ne peut-elle pas entrainer celle de la seconde ?

Si les partis de gauche ne proposent pas de solutions alternatives crédibles, les électeurs en appelleront à la droite de la droite avec tous les risques de néofascisme que cela comporte.

Souhaiter un « FMI Européen » comme d’aucuns pour réguler les incohérences économiques présentes est-ce véritablement réaliste ? N’est-ce pas ignorer les dégâts engendré par les ajustements structurels ordonnés dans la Tiers Monde par le Fonds Monétaire International : services publics laminés, privatisation de la santé, de l’éducation ?

Calquer un « FMI Européen » sur le FMI n’est certes pas la panacée, d’autant que la dette des pays pauvres – ceux soumis aux ajustements structurels entre autres – ne représente que 15% de la dette de l’ensemble des pays ! Avec de telles méthodes nulle part les problèmes de la faim dans le monde n’ont été résolus et chez nous augmente le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Il ne peut y avoir d’économie digne de ce nom sans assurer les droits humains de tous : manger, se soigner, se loger, être éduquer … L’État doit jouer un rôle régulateur.

Comment expliquer le ralliement des partis de gauche à l’économie de marché ?

L’échec du communisme a entrainé une acceptation fataliste du capitalisme. Mais tous les partis de gauche n’ont pas la même position que la sociale démocratie. C’est pourquoi nous avons invité un militant révolutionnaire comme Bernard Friot qui plaide pour la solidarité et la mutualisation, et qui défend la retraite par répartition, car ce modèle inventé par le CNR (Conseil National de la Résistance) à la Libération est porteur de réponses intéressantes allant à rebours du conformisme attaché aux répercussions plus que problématiques causées par l’allongement de l’espérance de vie à notre époque.

Propos recueillis par M.A-P

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