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INTERVIEW FRANCOIS BERGOIN

mercredi 12 janvier 2011, par Journal de la Corse

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« Le théâtre est un acte partagé qui veut des vivants de part et d’autre de la rampe. » François Bergoin

Pourquoi monter la toute première pièce de l’auteur russe, Viripaev ? En quoi « Les Rêves » vous a-t-il attiré ?

J’aime quand je ne comprends pas d’emblée un texte. Quand après l’avoir lu je m’interroge encore et encore. Quand il faut chercher ce qui se cache derrière les mots. Voilà qui est d’ailleurs intéressant à travailler avec des acteurs. Dans un premier temps c’est la poésie des « Rêves » qui a retenu mon attention, la question de la toxicomanie est venue après.

Votre approche de la pièce en tant que metteur en scène ?

D’abord décrypter le langage de l’auteur, débusquer ce qui est derrière l’apparent, le décalé. Avec les acteurs que j’avais choisis, je pouvais me lancer sur un chemin que je savais ardu. Avec eux, j’étais sûr que ça fonctionne car, dans « Rêves », la difficulté est partout. Dans la compréhension du texte. Dans son apprentissage.

Votre mise en scène a-t-elle tout de suite été évidente ?

Il a fallu faire un travail très physique puis se laisser embarquer par les mots. « Les Rêves » traitant de toxicomanes j’ai dû me demander comment on pouvait naviguer entre manque et plénitude aux portes de l’enfer.

La distribution comprend cinq comédiens. Pourquoi eux ?

Catherine Graziani est incontournable. C’est pour moi un pilier. Notre complicité date de vingt cinq ans. Leila Anis est une jeune actrice franco-djiboutienne que j’ai vu à Avignon. Elle est très bluffante. Karim Hammiche, je travaille avec lui depuis treize et il vit la moitié de son temps en Corse. Xavier Tavera a été dirigé par de très grands metteurs en scène. Cela faisait une bonne année que je voulais le faire jouer. Il habite maintenant à Bastia et on s’entend très bien. Être avec ces comédiens est un vrai bonheur parce qu’ils sont au service du texte et non du leur.

Vous êtes également de la partie. Difficile de diriger François Bergoin, acteur ?

Dans « Les Rêves » je n’ai qu’un petit rôle. S’il avait été plus important j’aurais compté sur l’avis des autres comédiens.

Qu’attendiez-vous de ceux que vous avez choisis pour jouer « Les Rêves » ?

Qu’ils soient la parole des rêves. Pas des individus personnifiés. Mais des voix. Qu’ils offrent ainsi aux spectateurs quelque chose de fort et de transparent.

C’est la raison pour laquelle dans une présentation de la pièce vous parlez à leur sujet de « non incarnation » ? Au risque de « dé-incarnation » ?

Avec des acteurs de talents pas de risque de ce genre ! Ce que je ne voulais pas c’est qu’on mette des histoires, des métiers sur ces voix. C’est pourquoi les lumières ne montrent qu’une partie des corps et que les images sont furtives, le tout sur une musique de Jimi Hendrix, un artiste emblématique de tous ces musiciens et chanteurs morts d’une overdose. Ce que je désirais obtenir c’est une transparence avec des acteurs qui flotteraient entre deux eaux. Comme des méduses !

Dans votre conception du théâtre quel rôle attribuez-vous au spectateur ?

S’il vient pour être confortablement lové dans son fauteuil comme devant la télé c’est raté, parce c’est un vrai travail que d’être spectateur ! Avec « Les Rêves » il va devoir aller lui-même trouver des réponses. Il va falloir qu’il fasse un effort avant de se laisser porter par le texte. Aujourd’hui on infantilise trop le public à qui on sert images et discours faciles. « Les Rêves » est une de ces œuvres qui exigent de l’engagement. Le théâtre est un acte partagé qui veut des vivants de part et d’autre de la rampe.

Chargé le calendrier 2011 pour la compagnie « Alibi » ?

En juin on monte un texte inédit de Fabrice Melquiot, « M’am ! ». En mai Catherine Graziani présente avec ses élèves, « Grand-peur et misère du IIIe Reich » de Brecht. Puis on va jouer à Avignon « Les Rêves ». En septembre ce sera « Dans la solitude des champs de coton » de Koltès, en version bilingue (corse-français).

Propos recueillis par M.A-P

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