«  Je suis un forgeron qui a soufflé sur la braise pour que l’on vienne chercher le feu sacré  » Robin Renucci. En Corse, dans le domaine de la culture, beaucoup d’énergie est déployée, en particulier par les associations et les artistes. Mais pourquoi les partis – toutes tendances confondues – ont-ils tant de mal à définir une véritable politique culturelle ? L’important c’est de permettre aux gens de faire émerger ce qu’ils ont en eux afin que le citoyen soit vraiment conscient et auteur de ses actes. Ici, nous faisons un travail en duo avec les élus. En duo parce que des centaines de personnes ont participé à quelques cinq cents réunions nécessaires à la réalisation entre autres de «  A Stazzona  ». Votre attitude face à la logique du citoyen-consommateur ? On confond trop l’œuvre et le produit, et l’on privilégie la rentabilité. La primauté accordée à l’impératif comptable comporte le risque de faire des belliqueux. Pour qu’il n’en soit pas ainsi il faut que le citoyen puisse nommer ses actes en s’emparant des outils du langage. En effet, quand on parvient à nommer son mal, on est moins agressif. C’est pourquoi on doit permettre à tous d’accéder à l’éducation artistique le plus jeune possible. Combien de temps pour aboutir à la construction de «  A Stazzona  »Â ? Dix ans à partir de la constitution du Syndicat Mixte du Giussani, treize à partir du lancement de l’ARIA. Avec la réfection de la maison Battaglini qui propose désormais 70 couchages, des locaux administratifs, une bibliothèque et une médiathèque intercommunale, une unité de cuisine, l’investissement pour les deux structures s’élève à moins de cinq millions d’euros. Les collectivités insulaires, l’État, l’Europe ont participé au financement. Des oppositions à votre projet ? Mon imaginaire a rencontré celui des élus. Sept maires étaient concernés dont le plus vieux avait 85 ans, et aucun n’a craint d’endetter sa commune. Ça c’est merveilleux ! Autour de Mimi Allegrini Simonetti, présidente du Syndicat Mixte du Giussani, l’effort a été gigantesque. Les retombées de l’activité de l’ARIA dans le Giussani ? L’école a triplé le nombre de ses élèves. Un atelier de socialisation, un office du tourisme ont été créés. La capacité d’hébergement s’est développée et le tissu associatif réactivé. Le bureau de l’ARIA emploie quatre salariés permanents, les cuisines trois. Chaque année une cinquantaine de metteurs en scène, d’artistes interprètes et de techniciens sont rétribués par l’ARIA. Autre illustration : un stage de 120 personnes représente 3000 nuitées dans le Giussani… Primordial : nous ne fonctionnons pas seulement l’été mais douze mois sur douze. Votre entreprise peut-elle être reconduite ailleurs, en Corse, pour enrayer la désertification ? Notre expérience n’est pas modélisable car elle est en adéquation avec des éléments singuliers liés à notre territoire … En Corse, où l’on a longtemps empêché les gens de parler, le théâtre résonne plus qu’ailleurs et, ici, c’est peut-être encore plus vrai ! En tout cas on ne fait pas du théâtre comme à Paris. Que répondez-vous à ceux qui vous demandent : «  Le théâtre pour quoi faire  »Â ? Pour se rencontrer. Pour se raconter sinon on implose. Une société sans capacité de se représenter subit les représentations des autres. D’où l’importance de créer des outils dans ce champ éminemment symbolique qu’est le théâtre … Moi, je suis un forgeron qui a soufflé sur la braise pour qu’on vienne chercher le feu sacré … Propos recueillis par M.A-P Â