« La poésie me permet de réinventer le monde. » Patrizia Gattaceca
La génèse de « Tempi di rena » ?
L’envie d’écrire de la poésie … L’envie de tirer un fil et de le dérouler … L’envie de réaliser, non un simple recueil de morceaux choisis mais un vrai livre, d’où l’importance de la composition, de l’articulation entre les différentes parties. Le thème du temps s’est imposé parce qu’il est constamment présent dans la nature : il est dans le mouvement de la mer, dans le vent. Le temps c’est la grande question ! Selon les cultures il est frappant de constater combien sa notion, sa conception peut changer… « Tempi di rena » m’a demandé des mois, des années à écrire, à peaufiner.
Que peut-on exprimer par la poésie qu’on ne peut dire autrement ?
La poésie en l’a en soi, et c’est ce que j’aime. La poésie me permet de réinventer le monde. Un monde où la liberté d’expression est totale. Où le verbe est libre. Où le mot est libre puisque je peux aussi l’inventer !
Le rôle du poète dans la société, ici et maintenant ?
J’écris dans ma langue, et quelque part je restitue quelque chose qu’on m’a transmis et j’espère contribuer à constituer un patrimoine littéraire. Personnellement mon but est de m’épanouir, d’être dans le plaisir d’écrire en utilisant mes mots pour dire ma société, ici et maintenant. Je me sens poète avant tout et c’est déjà vrai à travers le chant. Dans « Tempi di rena » j’explore plusieurs formes poétiques très librement et ça me rend heureuse … N’oublions pas non plus que la Corse est pays de poésie !
Les poèmes de « Tempi di rena » sont courts, voire très courts. Pourquoi ce choix ?
J’ai beaucoup travaillé la poésie et j’ai vu que plus un poème est court plus il est fulgurant et plus il touche. Mais c’est difficile de faire court, de se concentrer en quelques vers. Cela oblige à revenir sans cesse sur ce qu’on écrit, à manier et remanier ses textes jusqu’à ce qu’ils tiennent le coup. Je pense que la pratique du haïku m’a énormément apporté en ce sens.
Au fil des poèmes des mots reviennent souvent. Pour donner la couleur ? Le ton ? Une atmosphère ?
Pour suggérer, entre autres, le cycle du jour à la nuit, le cycle de la vie à la mort, le cycle de la naissance d’un amour à sa fin …
Du poème à la chanson, de la chanson au poème. Qu’est-ce qui guide de l’un à l’autre ?
Les deux sont liés, et c’est vrai ici et ailleurs. La poésie est née avec le chant. En elle il y a toujours un rythme qui se rapproche du chant.
Existe-t-il pour vous une poésie qui pourrait tourner le dos à l’autobiographie ?
« Tempi di rena » est autobiographique, c’est voulu, et c’est naturel que cela transparaisse. La poésie nait d’une émotion qu’on a ressenti, elle porte donc toujours quelque chose de soi ! Même dans le haïku qui implique de prendre de la distance par rapport au vers. Mais on ne peut non plus omettre que lorsqu’on est dans la création tout se passe comme si on se dédoublait. Comme si on était porté par une main divine…
Poésie et militantisme sont-ils à l’unisson chez vous ?
Militer c’est vouloir une société meilleure et la poésie ne peut qu’emmener sur ce chemin. J’écris car je suis optimiste et je souhaite ce qu’il y a de mieux pour les gens. Dans la poésie je me dégage de tout ce qui est malsain. Je fais du beau avec du laid. Les mêmes choses me guident en politique et en poésie. Des fois c’est difficile et j’aurais envie de baisser les bras. Mais dans le milieu des culturels on est positif. On sait que la vie est un combat. Alors je m’investis dans tous les domaines… en gardant à l’esprit qu’il faut toujours trouver le temps du rêve autrement on est mort !
Propos recueillis par M.A-P