« J’ai une passion pour la chanson, cette petite chose qui a son autonomie, et qui est comme un organisme vivant ». Jacky Le Menn Une de vos chansons est intitulée « Byzance ». Pourquoi en avoir fait le titre générique de votre album ? Parce que j’aime bien cette chanson et qu’elle concentre pas mal de thèmes qui imprègnent le groupe dont celui du voyage, comme métaphore, comme ce pas de côté qui incite à voir ailleurs, et à prendre du recul … Le voyage comme invitation à l’utopie dans une société qui nous ramène toujours au basique alors que l’important c’est la possibilité de rêver, d’imaginer. Byzance, c’est la magnificence ? C’est une ville mythique, mais aussi cette vie qui est belle quand on peut faire des rencontres ou produire un disque comme celui-ci ! Vous évoquez volontiers le voyage. Mais au bout du voyage qu’y-a-t-il ? Ce qui compte ce n’est pas la destination, c’est la trajectoire. On n’est pas forcé d’arriver quelque part ! Ce qui est intéressant c’est le mouvement, la découverte, l’aventure. Comme dans une tournée qui est un privilège de l’existence d’un groupe. Ce qui importe c’est de ne pas rester figé et d’être confronté à des points de vue différents. Comment ça vient une chanson ? … tout seul ! Dans un instant de flânerie, quand je prends ma guitare … J’ai une passion pour la chanson, cette petite chose qui a son autonomie, et qui est comme un organisme vivant. Je suis dans le jeu d’écriture et souvent le premier couplet impose ses règles aux autres. Intervient également l’interaction entre paroles et musique. Ce maillage entre les deux est essentiel. Étapes suivantes ? L’accouchement terminé – jamais dans la douleur – j’enregistre une maquette et la fais écouter à l’équipe qui adhère ou fait des propositions pour modifier ou transformer tel ou tel aspect. Ensuite au fil des concerts une chanson peut évoluer après avoir été retravaillée car, bien sûr, une option de ce genre ne s’improvise pas. Pourquoi jouer fréquemment sur le décalage entre un texte aux résonances graves et une musique pimpante, entrainante ? Un même texte peut être un constat désespérant tout en étant imprégné d’un besoin de croire ! En ce sens le décalage évoqué peut mettre en valeur une tension poétique qui accompagne un constant souci du vivre ensemble. Raison pour laquelle on peut qualifier mes textes de politiques … ou à tout le moins de conscients ! Dans « On part en voyage » vous lancez : « On ne va pas changer le monde on va juste changer nos vies », ce n’est pas la révolution ? Disons que c’est un raccourci, une pirouette car si on change nos vies ou change le monde dans la foulée … Vos musiques ont une tonalité très Europe Centrale et Balkans. Revendiquez-vous ces influences tsiganes et yiddish ? Le choix de la clarinette et du violon renvoie automatiquement à l’Europe centrale et orientale. Cette musique narrative, emphatique, remplie à ras-bord d’émotions est celle de l’univers tsigane et yiddish. A votre enregistrement participe l’orchestre classique, « Musica Suprana ». C’était indispensable ? C’était le luxe … « Musica Suprana » est un orchestre associatif dont fait partie Celia Picciocchi qui s’est chargée des arrangements. Notre seule préoccupation a été de trouver un lieu d’enregistrement pouvant accueillir trente cinq instrumentistes. Notre vœu s’est réalisé à Pigna. Pour les cors et le trombone manquant en Corse nous avons fait appel à des jeunes du continent. Être sur scène qu’est-ce que ça représente pour vous ? C’est magique. C’est la fête. C’est le sentiment qu’on peut toujours faire mieux que la fois d’avant ! Propos recueillis par M.A-P