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INTERVIEW

vendredi 10 septembre 2010, par Journal de la Corse

Santucci Alexis Santucci : « Â La BD, un chemin de vie  » Qu’est-ce que la BD permet de dire mieux qu’un autre art ? Quand on fait une BD – texte et dessin – on est romancier, scénariste, réalisateur, acteur de personnages qu’on invente, décorateur, monteur. La bande dessinée est un art global pour raconter une histoire. Un art plus facile d’accès que le cinéma puisqu’il suffit d’une feuille de papier et d’un crayon. Mais c’est aussi un énorme travail. Actuellement j’ai en train un BD avec une de mes sÅ“urs àpartir du vécu de son mari qui confectionne des bijoux en graines. Je m’occupe du trait, elle de l’encrage, et àtrois, avec mon beau-frère, nous bâtissons le scénario. Que représente la BD pour vous ? Longtemps elle a été la manière grâce àlaquelle je m’exprimais le mieux au plan de la créativité. Mais j’évolue puisque je termine un moyen métrage de fiction en vidéo. Un film réalisé en comité restreint, intitulé « Â Quelque part ou ailleurs  » et qui emprunte le ton d’un carnet de voyage. Auparavant j’ai fait un clip sur un groupe de rock corse, clip diffusé sur MCM. J’ai eu également une période dessin d’animation. Adolescent j’ai même gagné un concours national de courts métrages. Comment se déroule la gestation d’une bande dessinée ? D’abord il faut une idée de base, et ensuite il faut trouver le ton – du texte et du trait – de la BD. Imaginer la bonne attaque est aussi primordial. Comme une bande dessinée c’est très long àréaliser j’essaie de débuter par de belles images qui vont me donner envie de continuer le travail et de l’achever. Si j’ai toujours un thème initial, je me laisse la possibilité de le modifier. C’est bien plus amusant lorsque tout n’est pas fixé d’emblée. Les phases principales du travail de bédiste ? J’évite de planifier trop les choses àl’avance. Personnellement je suis influencé par le « Â comics  » américain qui affectionne les démarrages de dessins pleine page, et par l’école de la BD belge qui préfère multiplier les vignettes. Si j’ai un beau décor, je choisis de le dessiner plutôt en grand format. Si je suis sur des passages ayant beaucoup de dialogues, mes vignettes seront alors plus petites et plus nombreuses. En règle générale on doit trouver un juste milieu au plan esthétique. Vos thèmes de prédilection ? J’ai surtout dessiné de la science-fiction parce qu’elle m’a toujours fasciné par son aspect grandiose, genre « Â Guerre de étoiles  », par sa foule de créatures de cultures différentes, par ses univers si lointains … Je pense que la science-fiction m’a permis de m’évader de la réalité. Maintenant je me sens plus près du réel. J’ai besoin de dire des choses plus terre-à-terre. Je m’intéresse, par exemple, àun personnage féminin dont l’histoire se déroule àBastia et qui comme moi aime le bateau. Peut-on définir votre style ? Du surréalisme au comique je couvre àpeu près toute la gamme des expressions. Pour l’heure je suis de plus en plus attiré par l’écriture, que ce soit celle d’un jeu de rôle, d’un roman de science-fiction, ou d’un carnet de bord. Comment passez-vous de la BD àla toile ? La bande dessinée c’est très, très long. Or, j’ai de plus en plus envie de voir vite le résultat de ce que je fais. J’ai besoin d’avoir rapidement du concret, du fini sous les yeux. C’est pourquoi je suis heureux d’un beau dessin, d’une belle aquarelle, d’une belle peinture àl’huile. Pourquoi arborez-vous des tatouages ? Vous semblez en avoir autant que des Tahitiens dont c’est la tradition et le signe identitaire. Mes tatouages ne sont pas de la « Â provoc  ». Ils sont une Å“uvre ultime sur la peau. J’ai dessiné mes propres modèles qui s’apparentent au style tribal, qui lui-même s’inspire de la tradition tahitienne. On pourrait dire que le tribal est au tahitien ce que le rock est au blues. Comme vous êtes un véritable homme orchestre du dessin, parlez-nous de votre activité estivale ? A la belle saison je quitte le mouillage de Toga. L’an dernier j’ai mis le cap sur Saint Florent, cette année ce sera direction sud, et je gagne ma vie en faisant des caricatures. Ce n’est pas évident, c’est même stressant mais il n’y a pas beaucoup de concurrence ! L’exercice doit être rapide : un quart d’heure par portrait. On ne me l’a pas enseigné. Il fait partie de mon bagage de dessinateur. Peut-on vivre de la BD ? Certainement … mais àquel prix ? Je pourrai y arriver et je me retrouverai sur les genoux ! C’est en tout cas mon appréciation personnelle. Il me semble que dans le meilleur des cas la BD est un chemin de vie. Que vous inspire le manga qui est si populaire ? Je n’aime pas. Ces personnages avec de grands yeux, de grandes bouches, je n’accroche pas ! Je reconnais qu’il y a de superbes mangas, mais sauf exception je ne suis pas touché. Vos perspectives ? Je suis dans une phase de transition. En moi c’est comme si ça se décantait. Le gros défaut de la BD et de l’illustration selon moi, c’est qu’on passe son temps assis sur une chaise dans la plus totale des solitudes. C’est la raison pour laquelle je fais des courts métrages, et de la musique, des activités qui n’impliquent pas d’être seul, et qui ont également l’avantage d’être exécutées plus rapidement. Propos recueillis par M.A-P  

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