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Festival Arte Mare du 19 au 24 novembre : Cannelle 2 – Curcuma 1

jeudi 15 novembre 2012, par Journal de la Corse

Pour sa nouvelle édition festivalière Arte Mare se met à table et nous invite à célébrer la gastronomie… Bon appétit ! Aiguiser vos papilles en assistant au match entre la cannelle et le curcuma !

Au menu du festival 2012 : la cuisine. Déclinaison de saveurs et d’odeurs. Palette de condiments. Éventail d’épices et d’aromates. La cuisine pour se nourrir bien sûr mais aussi dans ses dimensions culturelles. Sept mets principaux, pardon sept films, dont des classiques comme « Le festin de Babette » ou « Delicatessen ». A la carte encore une section « Méditerranée, état des lieux » avec « Après la bataille » de Nasrallah, une œuvre à ne pas rater si on s’intéresse aux printemps arabes, et en particulier à ce qui s’est passé au Caire. Un « Panorama de la production insulaire ». « Des minutes cinéphiliques » en compagnie de Moullet, Chabrol, Duty, Pollet… Mais Arte Mare a également des lettres. Cette année le prix du premier roman va à Anne-Marie Cambon pour « Une destination légèrement incertaine » tandis que le prix Ulysse pour l’ensemble de l’œuvre revient à Javier Cercas. Côté expositions : des photographies du Japon de Paul Alessandrini, une installation de Christine Sturlese, et une vidéo de Verana Costa. En compétition : sept films méditerranéens. Parmi eux deux premiers longs métrages, celui de l’Israélien, Meni Yaesh et celui de la plus célèbre des actrices palestiniennes, Hiam Abbass. Les autres réalisations sont toutes le fait de cinéastes confirmés au talent reconnu : Merzak Allouache, Marco Tullio Giordana, Alex de la Iglesia, Nabil Ayouch ou Ziad Doueiri qui a beaucoup tourné avec les équipes de Tarantino. La violence terroriste, derrière laquelle se cacherait la main de Dieu apparait, cette année, comme un thème récurrent. Auteur de « Bab El-Oued City » Merzak Allouache (Algérie) aborde à travers « Le repenti » l’histoire d’un djihadiste et la volonté d’oubli qui pèse sur la récente et terrible période vécue dans son pays. La misère et la désespérance comme génératrices du fondamentalisme islamique tel est le sujet des « Chevaux de Dieu » de Nabil Ayouch (Maroc). Adapté d’un livre de Yasmina Khadra, « L’attentat » du Libanais, Ziad Doueiri, conte la trajectoire d’une kamikaze palestinienne à Tel-aviv. L’ultra-orthodoxie, version judaïsme, sert de trame aux « Voisins de Dieu » de Meni Yaesh, un film plaidoyer sur le doute fertile. L’explosion d’une bombe meurtrière à Milan durant les années de plomb en Italie, est le cadre de « Piazza fontana » de Marco Tullio Giordana. Avec « Héritage » Hiam Abbass traite des conflits à l’intérieur d’une famille palestinienne alors que fait rage la guerre entre Israël et le Liban. Humour et dérision, ingrédients chers à Alex de la Iglesia (Espagne), devraient être des constituants de base de « Jour de chance » qui a pour atout de charme, Salma Hayek.

M.A-P.

Le grand ancêtre… c’était le 10 octobre 1982

Le festival Arte Mare revendique trente ans d’existence. Trente années qui n’ont pas ressemblé à un long fleuve tranquille. Trente ans de vie !.. Voilà qui est vrai et faux parce que le changement – voulu ou non – sait s’inviter sans bristol pour jouer les trouble-fêtes ou les « monsieur loyal ». Parce que le Festival du Film et des Cultures Méditerranéennes tira sa révérence avant la fin du siècle précédent. Parce qu’en 2001 apparait officiellement Arte Mare animé par une équipe renouvelée.

Le 10 octobre 1982 donc, était donné à Bastia le coup d’envoi de U Festivale di u Filmu di e Culture Mediterranee et l’intitulé de la manifestation déroulée en « lingua nustrale » n’avait rien d’irréfléchi ou de folklorique puisqu’à l’époque la langue corse était une bannière de ralliement à une identité insulaire ressentie comme longtemps bafouée. Le festival se voulait démonstrativement militant… et festif. Trois décennies plus tard de l’eau a coulé sous les ponts et l’on a peine à imaginer les tensions non réductibles à des bagarres électoralistes et à une course aux places effrénée ! Tout ce qui arborait le label d’une quelconque corsité ou d’une certaine corsitude était dans la ligne de mire de ceux qui allaient constituer les bataillons de la CFR (Corse Française et Républicaine) bien décidés à en découdre avec nationalistes, et autres autonomistes, ainsi qu’avec le FLNC et ses nuits bleues.

Le berceau méditerranéen

Dans ce contexte gare à ceux qui osaient affirmer que la Corse était en Méditerranée et non un appendice de l’Ile de France ! Or, le retour au Mare Nostrum était bel et bien partie prenante d’une réappropriation des racines et d’une quête identitaire qui ne se contentait pas d’un terrain d’exploration allant de Rogliano à Bonifacio, d’Aleria à Ajaccio. Quand les promoteurs du festival écrivaient dans le catalogue de présentation de leur démarche qu’elle voulait offrir au public, « une rencontre des pays et des peuples riverains / un carrefour d’idées, d’expériences et cela autour d’une confrontation artistique de cinéma » et qu’il s’agissait pour eux « de vaincre les barrières, de favoriser la compréhension et l’enrichissement mutuel entre tous les peuples du bassin méditerranéen », ils suscitèrent maints grincements de dents, maints mouvements de mentons ulcérés de la part de la classe politique traditionnelle. Il suffit de lire le billet empesé et froid du député-maire de Bastia dans ce même catalogue pour s’en faire une petite idée… Nonobstant aléas et dénigrements le public, ce 10 octobre-là, répondit très nombreux à l’appel. Manifeste la soif de découvrir d’autres cinématographies montrant des réalités plurielles et diverses tout en ayant des similitudes. Ferveur. Excitation. Conviction… Maîtres mots de la soirée d’ouverture. Au programme des réjouissances qui duraient dix jours : dix sept films en compétition. Dix sept réalisations en information. Deux rétrospectives, l’une dédiée aux frères Taviani, l’autre consacrée à la production marocaine. Des courts et moyens métrages corses. A l’affiche des spectacles : Canta u Populu Corsu, Maria Farandouri, Fola fuletta, Ahmed Ben Diab, A Filetta, I Chjami Aghjalesi…

Des « politiques » pusillanimes

Entre heurs et clashes l’équipe originelle du festival réussit à tenir bon la barre jusqu’en 1996. Débats tumultueux. Coup d’éclat au sujet du problème israélo-palestinien. Écho du cyclone qui emporta la Yougoslavie et avec ce pays plurinational l’un des meilleurs cinémas de Méditerranée. Résonnances de la guerre au Liban et des secousses qui allaient plonger l’Algérie dans le sang. Le Festivale di u Filmu di e Culture Mediterranee était en symbiose avec cette « mer du milieu », véritable lac de tempêtes qui a vu naître des civilisations prestigieuses et appris que toutes étaient mortelles. Avec plus d’adhésion, plus de compréhension, plus de soutien et d’ouverture d’esprit du monde politique la manifestation aurait pu devenir une référence du genre et qui sait un marché de l’audiovisuel méditerranéen porteur. Occasion manquée. Rendez-vous loupé faute d’avoir su saisir la balle au bond ! C’est d’autant plus rageant que la mondialisation était en marche, non avec son aspect positif de rapprocher les gens, mais avec ses accents négatifs : formatage des cerveaux, des goûts, des esthétiques, des manières de penser et de se comporter.

Michèle Acquaviva-Pache

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