La ronce à l’honneur, les 27 et 28 octobre
La deuxième édition de la Fête de la Biodiversité nous donne rendez-vous le dernier week-end de cette fin octobre. Au programme des conférences, des expositions, des ateliers, des contes, de la musique. Des propositions plurielles allant des vanneries sauvages aux énergies partagées…
Cette année honneur à la ronce ! La ronce avec ses fruits gouteux et parfumés à cueillir en évitant – autant que possible – les épines de l’arbrisseau. La ronce dont traditionnellement on utilisait les tiges pour fabriquer des liens d’une solidité remarquable. La ronce sauvage ou travaillée à l’image de la biodiversité. Biodiversité sauvage ou cultivée indispensable à préserver puisqu’elle est un trésor pour l’humanité. Pour la planète toute entière. Apprendre, réfléchir à l’écoute de savants, de chercheurs ou en suivant des interventions sur les blés de pays ou sur le Mare Nostrum. Regarder les yeux grands ouverts en parcourant des expositions variées : art contemporain avec « Être club » de Laetitia Carlotti, peinture de François Olivesi, costumes corses par Rennie Pecqueux-Barboni. Faire en expérimentant une palette d’ateliers de la calligraphie au tressage de jonc maritime en passant par la confection de soupe aux herbes. Échanger, par exemple, des semences en court-circuitant les monopoles des gros semenciers. En 2010 Marianne et Antoine Pieri lancent dans leur village d’Aghione la première Festa di a Biodiversità. En 2012 la fête dure deux jours et non plus un seul. Mais parce qu’ils ne sont pas des organisateurs de spectacles et qu’ils refusent un banal esprit de foire ils désirent s’en tenir à une biennale. Dotés d’une fibre écologique qui ne date pas d’hier leur propos est d’inviter à la fête des intervenants de qualité qui mettent en pratiques des alternatives à la tyrannie du tout consommé et du tout consommable et qui incitent à des attitudes et des modes de vie responsables et donc plus sobres. Eux-mêmes vont d’ailleurs montrer qu’intentions et gestes peuvent être en conformité puisque la fête sera à 100% indépendante énergiquement d’EDF grâce à des panneaux solaires fonctionnant en systèmes autonomes ! A la base de leur démarche : leur volonté de monter une manifestation en cohérence avec leurs idées sans se payer de belles paroles ou de creux verbiages. Informer sur les recherches et les acquis de la biodiversité en Méditerranée. Transmettre des savoir-faire ancestraux ou en vulgariser d’innovants. Marraine de la Festa di a Biodiversità : Ruth Stegassy, journaliste, animatrice et productrice de l’émission, « Terre à terre » sur France Culture qui présentera à Aghione son dernier ouvrage, Usurpations contre Nature ».
Michèle Acquaviva-Pache
« La modernité peut précisément se trouver dans les espaces de préservation ! Personnellement je ne m’éclaire pas à la bougie mais grâce à des panneaux solaires… »
Antoine Pieri
Quelles thématiques pour les conférences proposées ?
On va aussi bien parler des variétés de blé anciennes que de la protection de la Méditerranée, de la renaissance d’un jeu comme le « soldu tafunatu », le pilou niçois que de biodiversité marine ou des sociétés et des forêts méditerranéennes. On compte également sur U Levante pour faire le point sur la protection des terres agricoles en Corse.
Le mouvement « Énergies partagées » est l’un de vos invités. Quel est son action ? Son objectif ?
« Énergies partagées » est constitué de deux organisations : une association accompagnant les porteurs de projets locaux qui se lancent dans la production décentralisée d’énergie, et d’un fonds d’investissements pour financer ces projets de développement durables. Vice président du mouvement Jacques Quantin nous présentera son organisation dont l’intérêt est de démontrer qu’une alternative à EDF est possible.
Les plus gros dangers menaçant la biodiversité en Méditerranée ?
La menace la plus lourde c’est « le toujours plus » de tourisme, d’urbanisme, de production d’énergie non renouvelable, d’agriculture mortifère avec ses engrais et pesticides chimiques, de consommation, de publicité, de laideur… Face à ça on veut montrer qu’il existe des micro-solutions concrètes.
Pourquoi insister sur la préservation et de la biodiversité sauvage et de la biodiversité cultivée ?
La biodiversité sauvage comprend une foule de ressources qui sont peu ou mal connues et qu’il serait bon de découvrir. La biodiversité cultivée ne cesse de s’appauvrir à cause des gros semenciers qui au nom de la sélection n’arrêtent pas d’éliminer des semences. Pour parvenir à leurs fins ils n’hésitent pas à manipuler les esprits et à brandir des interdictions. Heureusement il y a des passionnés comme Micaella Sammarcelli qui préservent des semences anciennes. C’est grâce à de telles attitudes que nous allons pouvoir remettre en culture une variété de « granu nustrale »… On tient aussi à ce que la fête de la biodiversité soit un lieu d’échange de semences.
Que répondez-vous à ceux qui taxent la préservation de la biodiversité de passéisme ?
La modernité peut précisément se trouver dans les espaces de préservation. Personnellement je ne m’éclaire pas à la bougie mais grâce à des panneaux solaires… On travaille également à ce que le bio soit vendu aux mêmes prix que les produits de l’agriculture utilisant des produits chimiques. On veut encore œuvrer à l’établissement de circuits courts paysans-consommateurs citadins. D’où l’importance de sauvegarder des territoires agricoles autour des villes.
Vous rejetez donc toute nostalgie béate ?
Nous voulons mettre à l’abri certains pans de notre patrimoine nature pour les générations futures… Il n’y a là aucun aspect passéiste, car si nous nous servons du passé c’est pour construire un futur soutenable à notre présent.
Vous placez la langue et la culture corse à l’honneur, parce qu’elles sont partie intégrante de la biodiversité ?
Langue et culture sont toujours indissociables des relations que l’homme, partout, entretient avec son environnement.
Propos recueillis par M.A-P