SA VIE FUT UNE LÉGENDE Bicentenaire encore. Celui de la naissance de Giuseppe Garibaldi, à Nice, le 4 juillet 1807. Michelet, un des meilleurs historiens modernes, a dit de lui : «  Je vois un héros en Europe, un seul, je n’en connais pas deux : Garibaldi. Toute sa vie fut une légende.  » A l’époque de Michelet, les mots n’étaient pas encore galvaudés, des personnages ordinaires ne passaient pas pour des êtres hors du commun et n’étaient pas encensés comme des icônes. Le New York Herald Tribune avait qualifié Garibaldi, de son vivant, de «  Héros des deux hémisphères  ». Du héros il manifeste la bravoure et l’endurance au cours des guerres de l’indépendance de l’Uruguay face au Brésil et à l’Argentine. Il se distinguait ainsi des deux dictateurs intervenant dans ces conflits. Rosas ne se présentait jamais à la bataille, et Rivera était le premier à se sauver lorsque les choses tournaient mal. Dés lors, au pays des gauchos, l’ascendant physique de Garibaldi le hissa au rang de grand Condottiere à la chemise rouge. Sa légende avait pris corps en Amérique du Sud. Revenu en Italie, il fut aussi un grand acteur du Risorgimento et de l’histoire mouvementée de l’unité de la Péninsule. Aventurier de la liberté selon l’opinion de certains. L’image est facile et le mot réducteur. Patriote type, et aussi politique avisé, comme en témoignerait, s’il le fallait, son appel à la jeunesse italienne, lui demandant «  de ne pas se laisser entraîner si facilement par les insinuations fallacieuses d’hommes trompés ou trompeurs, qui veulent la pousser à des actions intempestives, en risquant de porter la ruine ou, du moins, le discrédit sur notre cause.  » Ainsi reprochait-il à Mazzini, non sans quelque outrance, d’être «  un partisan aveugle de la théorie du poignard  ». L’ardeur guerrière du général de la Pampa, du stratège de l’expédition des «  Mille  » ou de la défense de Dijon en 1871, en renfort de l’armée de la République française, ne s’est jamais démentie. Mais il eut le réalisme de soutenir Cavour et le roi Victor Emmanuel, lui le républicain, l’idéaliste, le socialiste Saint Simonien, l’universaliste et l’internationaliste convaincu. On a pu le comparer à ses devanciers, qui marquèrent l’ère nouvelle de leur empreinte, Napoléon et Bolivar. L’échec est aussi une dimension tragique du héros. Il en fut ainsi de sa fin solitaire dans l’île de Caprera, proche de Bonifacio. A l’instant suprême de la mort il fit ouvrir la fenêtre d’où il regardait d’habitude les côtes de la Corse où il avait séjourné à plusieurs reprises. A-t-il pensé alors aux nombreux Corses qui accompagnèrent sa vie, ses exploits et ses épreuves ? A son ami Paul-Félix Semidei, professeur et écrivain, établi à Montevideo, originaire de Moriani, auprès duquel il avait acquis sa première culture philosophique et politique. S’est-il souvenu de Leggero, de son vrai nom Giovanni Battista Cogliolo ? Fidèle d’entre les fidèles, Leggero l’avait toujours suivi depuis l’Uruguay et lui avait sauvé la vie lorsqu’ils étaient pourchassés par les soldats autrichiens sur la côte adriatique. «  Io amo la Corsica !  » avait déclaré, un jour, Garibaldi. Ces compagnons et d’autres encore avaient, sans doute, inspiré ce propos. Ses yeux se sont fermés devant la mer de Corse. Avec lui s’éteignait un romantique de l’action et du verbe dont le génie appartient à l’Humanité. A sa mort naissait le mythe Garibaldi. Marc’Aureliu Pietrasanta Â