Commémoration annuelle de la victoire de 1918. Cérémonie revêtue d’un éclat particulier par l’initiative des Anciens Combattants de San Gavino, Isolaccio, Serra di Fiumorbo et leur rappel du souvenir du « Sergent Giacomini ». Celui-ci s’illustra en 1914 par sa grande bravoure dans les circonstances suivantes : chargé de couvrir avec sa section le flanc droit d’une compagnie, il aperçoit des soldats allemands, sans armes, agitant un drapeau blanc, comme une demande de cessez le feu. Il s’approche alors d’eux sans se méfier, lorsque séparé sa section, les ennemis, cachés dans un repli de terrain se jettent sur lui et le font prisonnier. Sa section ne s’est aperçue de rien. Un officier allemand lui dit alors : « Tu vas nous conduire à ta compagnie sinon je te brûle la cervelle. » « Plutôt la mort » répond-il dans un premier reflexe. Puis, se ravisant : « Ma foi, comme vous voudrez ». Deux bataillons allemands sont immédiatement dirigés vers les lignes françaises. En tête le sergent encadré de gradés allemands. La nuit tombe. Ils arrivent à quelques centaines de mètres des tranchées françaises. « C’est là, dit Giacomini. » Alors, usant à nouveau de traîtrise, quelques allemands s’avancent et levant les mains ils crient « English… English » voulant ainsi faire croire aux Français qu’ils sont des alliés anglais. Les soldats français hésitent. Vont-ils se laisser abuser ? Soudain une voix tonitruante s’élève : « Tirez ! Tirez ! Ce sont les Boches ! « Giacomini offrait ainsi sa vie pour sauver ses camarades. Ceux-ci ouvrent aussitôt le feu et abattent les premiers rangs ennemis. Les autres font retraite. Giacomini s’était jeté à plat ventre. Il ne fut pas touché. Dans l’obscurité il put rejoindre son unité sous les acclamations. La médaille militaire lui fut aussitôt décernée pour ce fait d’armes héroïque. Il devint alors célèbre dans l’opinion publique pour laquelle il fut « Le chevalier d’Assas de la Grande Guerre ». Blessé par la suite, « Taviolu » (diminutif d’Ottaviolo, le prénom de Giacomini) était revenu, en convalescence, à San Gavino, son village natal. Il demanda à rejoindre le front. Un de ses amis voulut savoir pourquoi il n’usait pas de la possibilité qui lui était offerte de rester à l’arrière. Il expliqua qu’on avait fait de lui un héros et que dés lors il ne pouvait mourir dans son lit. Il rejoignit le front d’Orient et fut tué au combat à Monastir en 1917. Il avait 28 ans. Sa légende accompagne la bravoure de nombreux Corses dans cette guerre. Le général Grossetti, assis sur son siège pliant en première ligne au milieu de ses soldats dans la bataille de Dixmude sur l’Yser. Les Corses du 173e régiment d’infanterie montant à l’assaut, un drapeau tricolore à la main, les derniers à tenir sur la rive gauche de la Meuse dans la bataille de Verdun, et beaucoup d’autres encore. Ils sont tous emblématiques de ce courage militaire manifesté tout au long de leur histoire. Loin d’être allés à l’abattoir comme a pu le dire malencontreusement un haut personnage de l’Etat, voici une quinzaine d’années, tous ces combattants de la Grande Guerre avaient une âme d’hommes libres refusant la servitude, conscients de lutter pour leur liberté et celle de leurs compatriotes et pour un avenir meilleur de l’Humanité. Cette conscience explique l’énergie et le courage qu’ils ont tant de fois illustrés.Marc’Aureliu Pietrasanta