Danièle Maoudj poursuit son œuvre poétique depuis l’autre côté de la Méditerranée, trait d’union entre les terres pour celle qui appartient autant à l’Algérie qu’à la Corse, mais la poésie n’a pas de frontière. Après Rives en chamade et Le Soleil est au bord du ravin, Échardes offre toujours au lecteur une réflexion sur le monde, sur le passé colonial, comme des éclats fichés dans la peau qui font souffrir lorsque l’on bouge et qu’il faudrait enlever pour que vive enfin le rêve.
Assurément méditerranéenne
Ce recueil de poésie édité à Alger commence par une préface de Boucebci, poète et fondateur de 12x2 Revue contemporaine des deux rives, dans laquelle Danièle Maoudj publie également des poèmes, et se termine sur une postface de Tarik Mira, député de Béjaïa. De quoi ancrer Echardes en Méditerranée, sans prendre partie pour autre chose que la poésie, une volonté farouche de relier les littoraux, les rivages, les gens, de montrer les points communs, les rêves partagés, d’inviter au voyage sur la route des mots et des flots, partageant ses doutes, ses colères, ses chagrins aussi bien que ses souhaits, la sensualité des paysages, l’amour, pour toujours accomplir son destin et toujours aller vers l’autre, dans ce cheminement entre l’Algérie et la Corse, d’« Alger blanche de chagrin » à la Corse « où les balles tirées perforent la lumière ». Une quête humaine, d’abord, un travail de mémoire, aussi.
Souffrances plurielles
La poésie peut aussi se faire écho de l’actualité. Ainsi, Danièle Maoudj consacre-t-elle deux poésies au printemps arabe, parce qu’en tant que corse et kabyle, elle n’a pas pu rester insensible à ce « sang rouge du jasmin », « Pour construire la maison de l’avenir, Non aux tyrans et aux humiliations ». Cette enseignante de l’Université de Corse revient sur ce qui l’a construite, ses souffrances, sa quête d’identité et ses origines, son amour pour son père, ses cris et revendications « J’exige du Soleil sa confiance Et veut m’endormir dans les bras de l’Amour sur les remparts souverains du rêve ». Danièle Maoudj taille dans la langue comme le sculpteur façonne sa matière première pour en faire jaillir une pièce d’art. La matière première de Danielle Maoudj est les mots qu’elle sélectionne, cisèle, assemble, dérange et arrange pour en proposer des compositions aux accents multiples, aussi pluriels que la palette des émotions de la poétesse en dispose.
Myriam Mattei
Danièle Maoudj, Échardes, Espace libre, 105 pages, 10€