Accueil du site > Culture > En marge d’Arte Mare : Festival(s) et esprit de suite
 

En marge d’Arte Mare : Festival(s) et esprit de suite

jeudi 13 décembre 2012, par Journal de la Corse

Trente ou vingt ans, plus ou moins… Au-delà des chipotages sur l’âge du festival du cinéma méditerranéen de Bastia et après avoir souligné les mérites de la manifestation, il serait opportun de la voir non seulement comme l’un des points forts des festivités bastiaises mais comme composante de développement, ce qui vaut aussi pour les autres événements culturels.

Tous les responsables politiques soutenant ou impulsant des festivals sont (sans doute !) amener à se poser des questions élémentaires et complètement dénuées d’intentions électoralistes ou politiciennes.

Pour qui ces manifestations ?

A qui s’adressent-elles ? Réponses en apparence banales mais déterminantes au fond ! Pour ceux qui s’intéressent à la culture, ou veulent respirer un peu d’air frais. Pour les jeunes (les vieux aussi) dont il est bon de stimuler neurones, réflexion, ouverture d’esprit, créativité (si possible). Bref, pour un public large et varié, mais encore exigeant et connaisseur.

Pourquoi ?

Pour qu’elles raisons objectives soutenir avec de l’argent public des rendez-vous axés sur le 7e art, la BD, le théâtre, la musique… Lapalisse affirmerait tout de go pour animer une ville, une région, pour lutter contre le désert culturel, voire l’ennui. Pour être à l’unisson de l’environnement méditerranéen. Pour travailler à des retombées économiques positives quand bien même quelques têtes de linotte assènent péremptoires que c’est irréaliste. Assertions fausses. A preuve un festival dédié à la comédie comme celui d’Alpes d’Huez, excellent support publicitaire de la station de l’Isère.

Comment ?

Quels moyens mettre en œuvre ? Difficile d’imaginer des impacts médiatiques intéressants sans service de communication professionnel tant au plan corse qu’au plan de l’hexagone et de Paris en particulier. Il y a en ce domaine de lourdes carences à pallier. Vite ! Très vite ! On ne s’improvise pas attaché(e) de presse c’est un métier. Si l’investissement est trop couteux pour chacune des manifestations pourquoi ne pas mutualiser les efforts financiers entre les festivals bastiais ? Pourquoi ne pas impliquer la communication de la CTC en l’invitant dans ses campagnes promotionnelles à dépasser la beauté (incomparable) de nos paysages et la saveur (inégalable) de notre gastronomie ? Pour l’heure seules les Musicales ont une attachée de presse et seule « La BD à Bastia » trouve un écho régulier dans les médias nationaux. A quand les autres manifestation ?.. « Vous les Bastiais, vivez au rythme de vos festivals ! Faites-en profitez les autres », entend-t-on souvent de la part de nos interlocuteurs vivant hors de l’île ! Sage remarque. Encore faudrait-il faire savoir qu’il y a toujours une manifestation culturelle près de chez nous… A Bastia. A Ajaccio. La Corse a de beaux hivers et nos montres ne donnent pas uniquement l’heure d’hier !

Michèle Acquaviva-Pache

« Une belle médiatisation d’un événement sert non seulement à faire exister un film, mais est synonyme de retombées économiques intéressantes pour la ville organisant cette manifestation. »

Pierre de Gardebosc

Exploitant, programmateur, distributeur, producteur, Pierre de Gadebosc, outre d’Arte Mare, s’occupe des festivals d’Alpes d’Huez, de Cannes Junior, de Lans en Vercors, des rencontres d’Aix-les-Bains, de Beaurepaire, de Mézieux.

Depuis près de vingt ans vous sélectionnez tous les films projetés au festival du film méditerranéen de Bastia. Comment procédez-vous ?

Je répertorie les œuvres en adéquation avec la Méditerranée pour la section « compétition » et avec la thématique retenue par les organisateurs pour l’édition prévue. Je regarde les réalisations entièrement sans me contenter d’un survol. En moyenne je vois trois films par jours pour Bastia ou d’autres manifestations.

Le travail effectué pour Arte Mare diffère-t-il de celui fait pour d’autres festivals ?

Le principe est le même : choisir en cohérence avec les thèmes des manifestations. Premier critère : la qualité. Ici, les spectateurs sont exigeants et connaisseurs. Leurs coups de cœur vont en général aux histoires concernant l’enfance. La violence, ils n’aiment pas trop !..

Existe-il vraiment un cinéma méditerranéen ? Si oui, quelles sont ses caractéristiques ?

Il y a véritablement une sensibilité méditerranéenne que traduit le cinéma. Il a ses ambiances très particulières aussi bien dans la légèreté que dans la gravité. Il a ses paysages qui constituent un décor commun. Il a une appartenance singulière résultat d’une communauté d’origines et de similitudes culturelles. Aux cinéastes ensuite de faire vivre l’histoire de leurs pays avec leurs créneaux politiques, avec leurs emprises sociétales, et de coller à leurs vécus.

En deux décennies qu’est-ce qui a le plus évolué dans ce cinéma de la Méditerranée ?

La qualité. Le professionnalisme des équipes de film et des metteurs en scène. Avant tous étaient beaucoup plus amateurs !

Pourquoi la suppression des rétrospectives par pays, par cinéaste, par acteur ?

Parce que les organisateurs préfèrent une thématique comme la gastronomie cette année ou comme le polar précédemment. Ce qui limite le nombre de films au programme c’est qu’on ne dispose plus que d’une salle de projection : le théâtre.

On a le sentiment qu’il est de plus en plus difficile de compter sur la présence de réalisateurs et de comédiens ?

Cela dépend des années ! Venir à Bastia bloque encore à cause de l’insularité ! Avoir des retombées médiatiques serait aussi un atout.

Suivant les périodes Égypte, Balkans, Turquie, Israël nous ont apporté de belles surprises cinématographiques. Les pays, les régions qui ont le vent en poupe actuellement ?

En ce moment le Maghreb nous propose de plus en plus de films, ce qui n’était pas le cas auparavant. Au Moyen Orient une comédienne-réalisatrice comme Hiam Abbass porte haut le cinéma de cette région du monde. Elia Suleiman aussi.

Les télévisions jouent-elles leur rôle dans la production cinématographique ?

Elles coproduisent mais il faut que les films soient rentables, et qu’ils trouvent des distributeurs, chose très difficile. D’où une évolution du rôle des festivals : avant ils devaient faire connaitre les nouveaux films, aujourd’hui il y a des longs métrages dont la vocation est de tourner dans différents festivals qui en viennent ainsi à se substituer à une distribution classique en salle.

Pourquoi des télévisions coproductrices ne programment-elles pas les films qu’elles aident financièrement ?

Tous les ans sortent énormément de films. Or, ces TV ont souvent des quotas à respecter et jouent la carte des réalisations bon marché.

En dehors de l’engouement des Bastiais un festival tel Arte Mare peut-il avoir un écho plus large ? A l’extérieur de l’île ?

« Une belle médiatisation d’un événement sert non seulement à faire exister un film, mais est synonyme de retombées économiques intéressantes pour la ville organisant cette manifestation. »

(Propos recueillis par M.A-P)

Répondre à cet article