Contrairement à ce qui devait être le cas pour Verdi, Gaetano Donizetti aimait écrire pour l’Opéra de Paris. Non que Verdi s’y fût toujours refusé (voir Don Carlo par exemple) mais il l’appelait « La grande boutique ».
L’opéra « La Favorite » de Donizetti que, soit dit en passant, César Vezzani a beaucoup chanté, même si la partition est inégale, elle contient aux points cardinaux du drame l’expression juste des sentiments complexes qui la parcourent. Ce grand opéra en quatre actes et un ballet ne connut d’abord qu’un succès d’estime mais il se transforma en triomphe à l’heure où Paris était devenue la capitale de l’opéra italien. Les interprètes se nommaient notamment Pauline Viardot, La Malibran, honorée par Musset, La Pasta, La Grisi, etc…De très grands noms. Le public, pour sa part, était fervent. On trouvera une version discographique abrégée de cet ouvrage lyrique en un CD avec les artistes suivants : Henri Albers (Alphonse), Ketty Lapeyrette (Leonor de Guzman) Robert Lassale (Fernando), Robert Marini ( Balthasar),Georges de Poumayrac (Don Gaspar) et Marie Ganteri (Inès). L’Orchestre et les chœurs de l’Opéra Comique sont placés sous la direction de François Ruhlmann. C’est une distribution de 1912. Il en résulte un son certes un peu vieilli. Mais il s’agit d’un document précieux pour les amateurs passionnés de chant lyrique. (1). Chef d’orchestre belge, François Ruhlmann fut en activité à l’Opéra Comique de Paris. On lui doit des créations prestigieuses comme « Arianne et Barbe bleue » de Paul Dukas, « L’heure espagnole » de Ravel, « Marouf » de Rabaud. Donizetti a trop écrit (plus de soixante dix opéras). Mais on ne peut lui faire grief d’avoir composé, parmi des pages plutôt banales, d’autres qui révèlent sans conteste ses dons mélodiques et un pouvoir de créer une atmosphère sentimentale et dramatique. Qu’on se souvienne du sextuor de Lucia di Lammermoor. Un chef d’œuvre. Les critiques les plus exigeants ne l’ont pas nié. On a souvent dit aussi que son orchestration manquait d’invention. Jacques Bourgeois avait raison : « De toute façon, son apport à l’évolution du genre ne saurait être minimisé ».
Vincent Azamberti
(1) Malibran-music. 119 Route du Grand Morin, 77515 La Celle sur Morin