Quelque chose de plus juste et de plus humain est possible dans le monde et dans la Corse que nous vivons, en ces temps d’évènements tragiques. Eccu u scopu di Ghjuvan Francescu Bernardini è di l’associu pà una Fundazione di Corsica. Dans « Terre des hommes », Antoine de St- Exupéry écrivait qu’il y avait des jardiniers pour les roses, mais pas pour les humains ! Ghjuvan Francescu l’urtulanu di a paci, sempri prontu à facci diventà artigiani di a nò-viulenza ùn manca mai di travaglià, senza rifiatu, i nostri malanni. La Fondation de Corse a ainsi organisé les 14, 15 et 16 novembre 2012 des débats dans le cadre des Università di l’Omu sur la question de la non-violence. François Vaillant, philosophe, rédacteur en chef de la revue « Alternatives Non-Violentes » a mené durant ces 3 jours ces débats à la résonnance certaine. D’autres débats suivront ainsi qu’une formation sur la non-violence. L’occasion pour nous de revenir sur ces diverses initiatives avec le fondateur Ghjuvan-Francescu Bernardini.
La question de la violence est au cœur du débat politique en Corse, la démarche de ces universités s’inscrit-elle dans une prise de parole de la société civile ?
La question de la violence est au cœur du monde. On l’apprend sur les écrans, on la trouve dans les salles à manger, les cours de recréation... et au cœur des conflits, partie intégrante de la vie. De quelle manière souhaitons-nous vivre ensemble, réguler nos conflits, nous transformer vers une citoyenneté responsable, éviter les pièges destructeurs, vaincre face à l’injustice et souhaiter ardemment une quête de vérité au centre de nos vies ?
Pourquoi le choix de cet intervenant ?
François Vaillant est un grand serviteur de la non-violence. Il a le vécu de ceux qui, en plus de l’étudier, l’ont pratiquée au cœur du conflit. Initié à la Non-violence lors de la lutte emblématique des paysans du Larzac dans les années 70, il a enseigné la philosophie de l’Education avant de devenir rédacteur en chef de la revue « Alternatives Non-violentes » et a collaboré à la Première Université d’été de la Non-violence à Siscu en juillet 2012
D’autres évènements de ce type auront-ils lieu au cours de l’année ?
Concernant le programme "diventemu artigianu di a Nò Viulenza", nous avons organisé en Corse la première session de formation de formateurs : une quinzaine de candidats. Nous avons ouvert un cycle de formation qui va se poursuivre de façon pérenne. En janvier des journées de formation à la non-violence seront assurées pour les personnels éducatifs.
Comment cette initiative est-elle reçue par le public insulaire ?
Il s’agit bien moins d’un public, que de gens qui veulent faire partie de « l’équipage ». Celles et ceux qui ne veulent pas rester spectateurs. Tout cela se veut humble mais prometteur. En chaque étape se révèle la soif d’accéder au meilleur "équipement" possible pour affronter les situations et défis d’aujourd’hui. A travers l’ile, 500 personnes ont déjà goûté aux ressources de la non-violence. Il peut s’agir d’« alphabétiser » chacun sur les notions de bouc émissaire, de harcèlement, des ravages de la rumeur... de conforter la règle d’or "ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse". La non-violence n’est pas une réaction naïve, passive et résignée face au conflit : le non-violent sait qu’il ne suffit pas de condamner la violence. Il cherche cette aspiration profonde à mieux vivre ensemble et lutter efficacement et ensemble face à l’injustice. Par là-même, la Corse se reconnecte avec sa profonde tradition de Non-violence.
La Fondation est aussi à l’initiative d’une formation sur la non-violence, pouvez-vous nous en dire plus ?
Former des Formateurs locaux est essentiel, comme la première fois les 14, 15 et 16 novembre 2012. Par ailleurs, un Parcours Expo : "La Non-violence, une force pour agir" est destiné à tourner en divers établissements scolaires de l’île, riche de ce que la non-violence universelle peut nous apprendre et nous offrir. Au fond, Il s’agit d’appréhender tout ce qui permet la médiation, la régulation apaisée des conflits, la capacité à "faire tiers" comme le faisaient "i paceri" in le nostre Pieve è Paesi. Le non-violent est un citoyen debout qui s’interroge et interroge la vie de la Cité. Il sait que la non-violence de "la carpe et du lapin" ne servent à rien dans le conflit.
Etes-vous la seule association à se pencher sur cette question, envisagez-vous de travailler avec d’autres ?
La vocation de la Fondation de Corse est de faire cercle, de travailler au bien commun en considérant chacun comme une partie de la solution. Ouvrir la porte des collèges et lycées n’est pas une petite victoire. Elle est devenue possible grâce au Recteur de Corse, à la Conseillère Territoriale à la Jeunesse et l’Education et à l’engagement et l’ouverture des chefs d’établissements, des enseignants qui ouvrent la voie et qui y croient... et aussi à l’engagement des bénévoles et adhérents, amis et donateurs de l’A F C –UMANI. Un vrai réseau européen, avec l’Ifman, Le man, les Ecoles de la paix, mais aussi Nonviolence 21, dont nous faisons partie auprès de personnalités comme Stéphane Hessel ou Edgar Morin. La prochaine Università di l’Omu se tiendra les 4 et 5 décembre à Aiacciu et Bastia. Contact : afc@afcumani.org.
Lisa D’Orazio