Langue. Officialité. Bilinguisme. Préparation d’un projet pendant la saison estivale pour l’assemblée de Corse. Problèmes divers. Question juridique d’abord. La Constitution dispose que « la langue de la République est le français. » Il est ainsi rappelé qu’elle est officielle sur l’ensemble du territoire. La République une et indivisible. Deux principes traditionnellement associés depuis la Révolution française. L’emblème, l’hymne, la devise et le principe de la République sont affirmés dans ce même article. L’unité de celle-ci conserve toute sa valeur juridique. L’officialité du corse nécessite donc une réforme constitutionnelle remettant en cause ces principes. L’assemblée de Corse a-t-elle compétence pour présenter un tel projet, si elle l’adopte ?
La question ne manquera certainement pas d’être posée. Il va de soi, en tout cas, que la Constitution en son état actuel n’exclut évidemment pas l’usage privé des langages régionaux et locaux. Le problème est alors celui du caractère obligatoire envisagé par certains que pourraient avoir les décisions de l’assemblée de Corse pour l’usage de la langue corse et de son enseignement. Notons seulement au passage que la Collectivité territoriale, si elle s’engageait dans cette voie, s’arrogerait le pouvoir d’élaborer l’écriture, la forme et le contenu du parler corse. Elle reproduirait alors en ceci un moule très français. Il suffira de rappeler la loi Toubon qui prétendait imposer pour l’usage du français une terminologie officielle. Il en serait de même pour le corse, mouture de cette réforme autoritaire, de caractère politique voire politicien évident. L’assemblée de Corse procéderait ainsi d’une manière prépotente et formelle à l’unification de la langue méridionale et de la septentrionale, sans tenir compte de l’existence d’une douzaine de dialectes locaux qui permettent l’intercompréhension entre les habitants des micro-régions des locuteurs de corse. C’est sans doute par le compartimentage de ces dialectes locaux précisément que l’idiome corse a survécu à la pression du français. Surtout, ce caractère obligatoire de la réforme, créateur d’un néo-corse académique et élitiste, contredit l’idée d’une langue maternelle acquise naturellement. On peut craindre alors devant ces règles qui seraient imposées de l’extérieur, qu’elles entraînent la passivité des gens alors que la volonté populaire est le meilleur atout de la sauvegarde de cette langue. Les Corses n’ont malheureusement pas eu la conjonction de ces écrivains de la Renaissance, les Dante, Pétrarque, Boccace, rejoints au XIXe siècle par un Manzoni que connut l’Italie pour donner à un dialecte comme ce fut le cas du toscan une primauté non comparable à un seul d’entre ces idiomes. Pourrait-on envisager pour le corse de procéder de façon purement autoritaire en faveur d’un mixage linguistique artificiel dépourvu d’authenticité historique et en fin de compte d’une vraie originalité régionale. Ce néo-corse passablement francisé et standardisé risquerait d’éloigner de l’étude de la culture corse ceux qu’il faut précisément attirer à elle pour qu’elle survive et soit sauvegardée. La liberté de choix est le challenge fondamental à réaliser en faveur de l’attraction pour la langue et la culture corses.
Marc’Aureliu Pietrasanta