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« Coupez ! », une comédie satirique : Poncifs, lieux communs, stéréotypes mieux vaut en rire…

jeudi 22 novembre 2012, par Journal de la Corse

« Coupez ! » le nouveau court métrage de Laurent Simonpoli projeté samedi 24 novembre à Arte Mare et le 26 sur Via Stella. Poncifs, lieux communs, stéréotypes étrillés sur l’homosexualité en Corse… Appeler un chat, un chat est encore, et souvent, bien difficile ici.

Il est connu pour interpréter des petits voyous et des seconds couteaux. On lui propose d’être la vedette d’un film qui raconte une histoire – torride – de gays ! Il, c’est Éric Fraticelli, et l’histoire lui est arrivée pour de vrai ! De cet argument de départ Laurent Simonpoli fait une comédie caustique où il en profite pour passer en revue tous les lieux communs et autres idées péremptoires qui traînent ici sur l’homosexualité masculine (parce que l’autre – la féminine – c’est pas pareil, bien sûr !). On s’amuse de situations réjouissances, de réparties cinglantes, de mimiques inattendues, et le rire nous emporte au-delà des rives confortables de la banale hilarité vers le terrain de l’analyse d’une société – la notre. L’autodérision du ton souligne la crédibilité des personnages. L’humour est toujours là pour appréhender au plus juste la réalité. Un sujet inédit. Des scènes savoureuses, ainsi celle où Pierre, incarné par Fraticelli, puise dans un pot de Nutella pour reconstituer ses forces après une panne sexuelle. Ainsi celle de la cabine d’essayage où la compagne de Pierre, jouée par Celia Picciocchi, lui donne une leçon d’érotisme lesbien décomplexée. Macho bobo, les mœurs insulaires, le fait est, certes, archi connu, mais cela va mieux encore en le disant. En le montrant. En oubliant les concessions qu’il est d’usage de consentir afin de ne pas écorner l’image de l’île ! Attitude stérilisante au point d’être asphyxiante. « Coupez ! » met également en exergue l’influence pesante que peut avoir, dans notre contexte l’entourage des chers amis, parents, copains… sur l’individu dont marges de manœuvre et liberté de choix finissent par être passablement réduites. Même dans les séquences délicates les acteurs sont bons – Fraticelli en tête - et pour sa première participation à un court métrage Celia Picciocchi est lumineuse et drôle. Tonique cette comédie, qui est en prime intelligente et sensible. Par nos temps de grises mines, en notre époque qui se régale de stupides promesses apocalyptiques, et se complait à brouiller les différences entre fin d’un monde et fin du monde, c’est rafraîchissant.

Michèle Acquaviva-Pache

« L’homosexualité ? Les Corses sont dans le déni et c’est d’ailleurs devenu une vraie hypocrisie comme pour d’autres sujets : les valeurs ou la violence… »

Laurent Simonpoli

Quels étaient les pièges à éviter pour parler de l’homosexualité en Corse ?

La complaisance. La facilité qui peut tourner à la vulgarité… Les personnages ont de la truculence mais il fallait que les acteurs conservent un certain recul pour que le public n’ait pas la tentation d’une lecture trop au premier degré. Pour ne pas ôter de la force à l’histoire le burlesque était à éviter et l’on devait sentir à l’image les fissures de Pierre.

Votre but dans ce court métrage ?

Raconter une histoire d’ici. Sans pathos. Avec une distance.

Pourquoi le choix de la comédie ?

Ça m’est venu naturellement en travaillant avec Éric. Mais en termes d’écriture et de réalisation la comédie est plus dure que le drame. Il faut constamment veiller au rythme du jeu. Pareil au montage. La comédie a ses codes, ses règles à respecter et surtout son rythme particulier… Son alchimie particulière ! Et la sanction du public est immédiate.

Vous avez tourné à Bastia. Pour quelles raisons ?

La production était à Bastia et dans l’équipe il y avait plus de Bastiais que d’Ajacciens. Et puis j’aime bien ! Mon précédent court métrage, « Assassins » avait aussi été tourné en Haute -Corse.

Comment avez-vous pensé la distribution ? Était-il évident que Fraticelli tienne le rôle de Pierre ?

J’ai fait tous mes films avec lui… Cette histoire lui est effectivement arrivée : on lui a proposé le premier rôle dans un film dont les deux protagonistes étaient homosexuels, et des scènes crues étaient au scénario. Il a refusé car il n’a pas réussi à répondre à la question : comment jouer ça ? Éric ne se définit pas comme un acteur mais comme un homme qui joue des rôles. Or, un comédien en Corse n’est pas un comédien à New York.

Celia Picciocchi incarne la compagne de Fraticelli à l’écran. Elle est musicienne et chanteuse. Comment avez-vous eu l’idée de faire appel à elle ?

J’avais vu des captations de ses concerts et remarqué qu’elle était très photogénique avec une vraie présence à l’image. Pour des débuts à l’écran elle devait jouer des scènes qui n’étaient pas évidentes. Alors on a beaucoup parlé. Résultat, elle est tout le contraire d’une bimbo et montre vitalité et maturité.

A propos de l’homosexualité estimez-vous qu’il y a en Corse beaucoup d’hypocrisie ?

L’homosexualité ? Les Corses sont dans le déni et c’est d’ailleurs devenu une vraie hypocrisie comme pour les valeurs ou la violence… Au forum de RCFM « Mafiosa » a suscité le scandale mais la réalité est pire que la fiction !

Vous vous moquez des Corses. Des autres aussi. Par exemple de ce réalisateur parisien pour qui l’île est authentique… et érotique ?

J’aime qu’il y en ait pour tout le monde ! J’ai l’impression qu’une grande partie du cinéma français ne s’occupe que de porter à l’écran les atermoiements sentimentalo-sexuels d’une pseudo intelligentzia parisienne.

En filigrane « Coupez ! » est un questionnement sur le comédien ?

C’est ce que je fais en interprétant le rôle du psy. Finalement à cette question je n’ai pas de réponse. En Corse, avec le poids de notre environnement humain les comédiens peuvent-ils tout jouer ? Un personnage ne risque-t-il pas de les dépasser ?

Si on en croit votre film vous ne paraissez pas apprécier tellement le cinéma français ?

Je l’aime jusqu’aux années 70. Je lui reproche de n’être pas ancré dans son territoire et dans son histoire. Il y a trop peu de tournages en région pour d’autres raisons que les décors alors que le public n’y est pas hostile. A preuve le succès de « Marius et Jeannette ». Il y a également trop peu de films sur l’histoire récente. Sur ce point les cinémas américain, anglais, italien, espagnol sont plus audacieux.

Propos recueillis par M.A-P

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