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Comme une tragédie… romaine

jeudi 22 novembre 2012, par Journal de la Corse

Jérôme Ferrari, l’écrivain corse qui vient de recevoir le Prix Goncourt pour son livre Le sermon sur la chute de Rome, a déjà signé de nombreuses œuvres. Cette fois-ci, il nous livre une réflexion sur le déclin du monde occidental, dont le titre est inspiré d’un sermon prononcé par Saint-Augustin en l’an 410, et convoque également des personnages d’un de ses premiers romans, Balco Atlantico, une spirale littéraire pour ce roman très corse, mais aussi universel.

Déclin du monde occidental

L’auteur met son talent reconnu au service d’une histoire s’inspirant de l’Histoire, puisque comme son titre le suggère, le déclin du monde occidental tel que raconté fait écho à la chute de Rome, que Saint-Augustin commenta : « Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt. » Ainsi va la vie. Passé, présent et inéluctable futur. Le passé, avec Marcel, le petit dernier d’une fratrie de cinq, frères et sœurs, fils d’un rescapé de la guerre de 14 ; le présent avec Matthieu, le petit-fils de Marcel, et Libero, deux étudiants brillants qui choisissent une autre voie et une autre vie. Le style si délicat de Jérôme Ferrari sert le récit, avec une belle écriture, très poétique, au rythme particulier, où l’humour et la gravité se répondent pour s’enrichir et tenir le lecteur en haleine avec cette histoire de deux copains qui veulent vivre leur idéal. C’est un livre presque comme une saga familiale, avec ce petit truc en plus, comme un kaléidoscope historique. Du XXe au XXIe siècle, l’histoire des vies se déroule et le temps s’écoule.

Questions métaphysiques

De sa jeunesse passée entre Paris et la Corse, l’auteur garde un attachement pour l’île. Et ses souvenirs ont certainement nourri la fiction, puisque l’action se passe dans un village corse, où deux amis parisiens d’origine insulaire décident d’abandonner leurs études de philo pour reprendre un bar perdu dans la montagne et s’établir sur les lieux mêmes de leurs vacances. Ils veulent faire de leur établissement un paradis sur Terre, mettant en pratique la philosophie de Leibniz en faisant de leur troquet « le meilleur des mondes possibles ». Mais cette quête d’une vie meilleure n’est pas une sinécure. Jérôme Ferrari pousse loin ses personnages pour trouver une réponse à ses questions métaphysiques, hors du temps, en les confrontant à la réalité, avec toujours un goût pour les secrets et les cadavres dans les placards.

Myriam Mattei

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 202 pages, 19€

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