Le tome 6 de la série « Il Etait une fois en France », récompensée par le « Prix de la Série » au festival d’Angoulême 2011, vient de paraître. Intitulé « La Terre promise », cet opus, signé Sylvain Vallée et Fabien Nury nous entraîne en juillet 1949. Là, Joseph Joanovici comparaît devant la Cour de Justice de Paris pour collaboration. Son avocat est optimiste : les jurés lui pardonneront forcément d’avoir fait fortune sur le dos des nazis, quand ils verront le nombre de Juifs qu’il a sauvés. Mais c’est sans compter sur la haine tenable d’un juge. Rencontre avec les auteurs, Sylvain Vallée (dessins) et Fabien Nury (scénario).
Le tome 6 boucle définitivement la série. Avez-vous toujours prévu qu’il en soit ainsi ?
Oui. Nous connaissions le contenu de cette incroyable histoire vraie et, dès le départ, notre projet a été structuré en six tomes. Cette structure n’a jamais eu besoin d’être modifiée, car nous n’avons jamais ressenti de problème narratif ou de déséquilibre dans un des albums. Chacun a son identité propre au sein de l’ensemble. Voilà, c’est le dernier, la chute de Monsieur Joseph. Pour de bon. Et pourtant, les lecteurs pourront apprécier qu’il lui reste de l’énergie, à ce diable d’homme !
Vous dîtes donc adieu à Monsieur Joseph, après des années de travail en commun. Quel effet cela fait-il ?
On ressent beaucoup d’émotions. J’espère que ce sera aussi le cas pour nos lecteurs ! C’est une chance, dans une BD grand public, que de pouvoir aborder des thèmes comme le vieillissement, la culpabilité, la trahison... Sans pour autant perdre le caractère « épique » de la vie de ce personnage, qui rebondit sans cesse, à son procès, en prison, exilé à Mende où il refait fortune, puis en Israël, puis de nouveau à Clichy... La boucle se boucle, et les destins prennent leur sens, sans que l’on ait besoin d’en rajouter. Dans cet album, presque à chaque séquence, on dit « adieu » à un personnage qui a compté pour nous. Une dernière réplique, une dernière case, et c’est tout un trajet humain que l’on boucle. C’est aussi une forme de récompense.
Qu’est-ce que vous a apporté le succès critique et public de la série ?
De la liberté, et de la confiance. Par exemple, depuis le tome 4, il n’y a plus nazis, de guerre, de tanks dans les rues... Mais nous savions qu’avec des personnages aussi forts, nous n’en n’avions plus besoin. Leur trajet humain est, en soi, effarant. Leurs affrontements sont sans merci, et ils ne cessent d’évoluer. En fait, la plus grande récompense réside dans le fait que les lecteurs ressentent les mêmes émotions que nous face à cette histoire. Cela veut dire que notre travail fonctionne, que le résultat est conforme à nos intentions. C’est une immense chance, d’autant que cela nous est arrivé sur une série au sujet à priori difficile, et que nous n’avons jamais fait de compromis prétendument commerciaux, par exemple, en cherchant à glaner artificiellement de la sympathie pour Monsieur Joseph.
Avez-vous prévu de travailler de nouveau ensemble ?
Bien sûr ! On a pris, et on prend encore énormément de plaisir à échanger sur les personnages, les scènes, le découpage... Nous sommes comme deux gamins dans un extraordinaire bac à sable. Pourquoi s’arrêter de s’amuser ensemble, surtout si on est fiers du résultat ?
Francescu Maria Antona