Aux grandes créations chorales de Berlioz, tels le Requiem et le Te Deum, répondent diverses œuvres mi chorales, elles aussi, d’envergure, destinées au concert. (Roméo et Juliette, La damnation de Faust, l’Enfance du Christ) Mais le prodigieux compositeur qu’il fut écrivit également des œuvres chorales plus modestes. Ainsi de « La mort d’Orphée », des « Mélodies irlandaises », du « Chant guerrier », de « La chanson à boire », du « Chant sacré », etc. On trouvera l’interprétation de ces compositions dans un CD, en tout point remarquable, faisant appel à Rolando Villazon, ténor, Nicolas Riveng, baryton, David Bismuth, piano, au Choeur « Les Eléments », et à « l’Orchestre National du Capitole de Toulouse », tous placés sous la direction de Michel Plasson (1). Ayant un tempérament passionné et visionnaire, quelque peu mégalomane, en proie aux enthousiasmes tout comme aux dépressions, Berlioz ne parvint jamais à être d’accord avec son temps et l’on peut dire que l’importance de sa personnalité artistique fut, en fin de compte, une découverte des générations ultérieures. Sa vision de la musique dépasse l’intimisme généralement adopté par les compositeurs romantiques, pour viser l’idéal d’un classicisme conscient de l’avenir. Cela n’est donné qu’aux grands. Si le génie ne lui manqua point et si son œuvre ne fut pas toujours boudée, notamment en Allemagne et en Russie, son caractère n’était guère des plus faciles. Il faut dire qu’il ne manqua pas d’épreuves, et des plus dures. Son pays, malgré d’indéniables succès (son Requiem, l’Enfance du Christ) brilla souvent par son ingratitude et, disons le, par sa sottise. Il en souffrit beaucoup. Dans le domaine affectif, deux mariages peu réussis, la mort de son fils Louis et de sa sœur Adèle encore jeune, etc… Les interprètes de l’album signalé : La carrière de Rolando Villazon a démarré très vite. Les plus grandes scènes s’arrachent cette étoile. On ne peut que l’apprécier dans la part qu’il prend au programme de ce CD. De la voix et du style. Le reste de la distribution accomplit une tâche du meilleur goût, Michel Plasson au pupitre compris. On ne s’en étonnera pas. Berlioz, digne de ces mots d’Aragon : « L’art, c’est toujours la remise en question de l’acquis ».
Vincent Azamberti
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