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CHANTS DE NOËL

jeudi 20 décembre 2012, par Journal de la Corse

Natale. Noël. Voici venu le temps de la fête et de la lumière, e la neige étincelante, de l’enfant du berger, des rois aux trésors et des braves animaux.

C’est la belle nuit de Noël, la neige étend son manteau blanc… Serinent ou hurlent à tue-tête les hauts parleurs aux quatre coins de l’île. C’est la voix veloutée de notre ténorino et de son petit papa Noël qui a remplacé pour les enfants d’aujourd’hui, le Bambinu du temps passé. L’hymne du Bambino, entonné autrefois par les chantres des églises, ne s’entend plus, la nuit de Noël, que dans la basilique Saint-Pierre de Rome. « O bambino moi divino, io ti vedo qui tremando ! ». Ici, dans l’étable et sur la paille, grelottant de froid, chauffé par l’haleine du bœuf et de l’âne, entre son père et sa mère. Les bergers s’avancent vers la cabane avec l’offrande de l’agneau. Plus loin les rois mages, aux manteaux somptueux s’arrêtent sous l’étoile flamboyant et s’apprêtent à offrir leurs fabuleux présents. Tout y est, mais aujourd’hui nous ne savons plus lire, ni comme les bergers ni comme les mages chaldéens. L’hommage à l’enfant divin, notre plus grand poète de culture corse l’avait rendu lui aussi. C’était Monseigneur de la Foata, avêque d’Ajaccio. C’est un des monuments de notre culture populaire. La « nanna di u Bambinu ». Tout y est. La nuit sereine et l’étoile. Et les mots d’amour et d’adoration. Et la pauvreté (« In cor d’invernu, nascisti ô pargulettu/Abandunatu, fritosu e puvarettu »). Les animaux et les pauvres pâtres sont là aussi et les « Tre rè di l’Orienti » « Li puvaréddi so sempre li to amici/ E ùn ti cumpiaci che in mez’à l’infilici » (Les pauvres sont tes amis et tu ne te complais qu’avec les malheueux). L’hymne se confond avec l’esprit populaire à telle enseigne qu’il a été décalqué en poème profane, connu par tous les Corses jusqu’aux années cinquante du siècle dernier, parce que c’était la berceuse préférée de toutes les mères de l’île. « O Ciuciarella ! ». L’inspiration venait aussi des légendes corses, des bergers, et des veillées. Voyez ces pasteurs ; à la punta della cappella, dans la vallée des Pozzi. A la tombée de la nuit, lorsque le ciel était sans nuages, ils aimaient contempler les planétaire pastoral. Ils avaient leurs propres noms pour les constellations, la « cioccia » ou la poule avec ses poussins autour d’elle. La « perdiborsa », l’étourdie qui a perdu sa bourse, dont les pièces d’or se sont éparpillées, et l’étoile du matin : « U stellone di u ghjornu » adorée par les bergers. Ceux-ci ont toujours aimé les étoiles depuis les temps des pâtres chaldéens. Mais voici aussi les contes sur les animaux qui se sont rassemblés une nuit de Noël, dans une grotte des hautes montagnes, près du Renoso. Ils se plaignent amèrement de l’ingratitude et de la maltraitance des hommes. La vache gémit d’être abandonnée aux bords des routes par les gens qu’elle a nourri. La brebis se lamente elle aussi : aujourd’hui que le fromage rapporte des millions, dit-elle, l’homme, ce fou, a honte de moi. Que devrais-je dire, reprend l’âne, j’ai porté le bois, la farine et le grain, l’huile et le vin, et je ne reçois que des coups et des mauvais traitements parce qu’on leur a appris à l’école que l’âne est un ignorant. Et la chèvre : l’homme me reproche toujours d’être capricieuse et tête légère, mais il ne regarde donc pas du côté de sa femme, dit-elle avec aigreur. Quant au mulet, au sanglier, au rat, au renard, à l’épervier et tant d’autres, ils n’arrêtent pas de maudire la méchanceté de l’homme. Ça suffit dit alors le hibou, le jour se lève, nous reprendrons nos doléances la prochaine nuit de Noël. Nous conclurons avec le poème d’un bon poète lui aussi, « Vecchju mortu di fame. More di fame quandu l’abundenza : In tante case scioglie risa e cantu/ E ci dilatta lu core e la panza. » (Il meurt de faim, alors que l’abondance dans tant de maisons déclenche le rire et le chant et y dilate le coeur et la panse.) Voilà la poésie populaire corse, ses chants et ses légendes de Noël parmi d’autres. Peut-être n’est-elle tellement à considérer comme obsolète lorsque le sort, le froid et la faim s’acharnent sur tant d’immigrés et leur enfants et que la hotte du père Noël est vide pour eux.

Marc’Aureliu Pietrasanta

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