Parmi les dieux du jazz, on ne saurait ne pas compter McCoy Tyner, pianiste né à Philadelphie en décembre 1938. Qu’il ait été avec Keith Jarret le pianiste de jazz le plus populaire des années 70 ne relève en rien du hasard. Il avait fait partie du quartette de John Coltrane et après la disparition de celui ci, il avait montré qu’il pouvait être le créateur d’une musique originale. Enfin il était reconnu comme un grand styliste du piano. Une caractéristique fondamentale le définit : il intégra dans son jazz des éléments d’autres cultures pour atteindre ce à quoi Coltrane avait rêvé secrètement, à savoir créer « une musique mondiale ». Qu’est ce à dire ? « Je perçois écrira Tyner, des connexions entre toutes ces formes de musique. La musique du monde entier est interreliée. Sa musique est intelligente, honnête et populaire à la fois. On pourra s‘en convaincre, si ce n‘est fait, à l‘écoute d‘un album intitulé « Suddenly« , édité par le label « Past perfect, silver line », contenant douze pièces d‘une remarquable facture. (1) Citons « Beauty love », « Suddenly », « Giant steps » de Coltrane, « Rythm-n-ning » de Monk, etc…Toutes ces œuvres témoignent de l‘élégance du pianiste, tant sur le plan rythmique que mélodique. Tyner s‘est fait un ardent défenseur d‘une musique acoustique, c‘est à dire relative essentiellement à la perception naturelle des sons, alors que nombre de musiciens appartenant au free jazz et au jazz rock ont recouru sans toujours discernement à l‘électronique. Il a enrichi aussi sa musique de rythmes d‘arrangements appartenant aux cultures cubaines et sud américaines. (cf. l‘album « La Leyenda de la Hora » sorti au début des années 80). C‘est toujours à des musiciens d‘hier, voire à d’autres appartenant à un passé lointain qu‘il faut s‘en référer pour comprendre et apprécier une musique qui ne perdra jamais contact avec son origine et son histoire. (2)
Vincent Azamberti
(1) Past Perfect 205784-203
(2) Cette chronique doit beaucoup à l’ouvrage « Les dieux du jazz » ( Ed. Atlas 2003)