Rappelons promptement ce qu’est le blues. C’est un chant populaire noir américain né aux Etats Unis. D’inspiration profane et propre à exprimer des sentiments individuels, il est issu des chants de travail des esclaves et des cris d’appel dans les plantations de coton et de blé. Il se répandit probablement dans la deuxième moitié du XIXe siècle, après l’émancipation des esclaves, dans les Etats du sud et notamment dans la région du Mississipi. Il représente la première expression musicale noire autonome puisqu’il ne se ressent pas de l’influence européenne, comme par exemple le ragtime pour piano avec lequel il s’est mélangé pour donner naissance au jazz et dont il est toujours demeuré l’une des composantes essentielles. Un album de deux CD, intitulé « Living the Blues » en donne une idée pertinente avec B.B.King, Howlin’Wolf, Buddy Guy, J.B Lenoir, Charles Brown, John Lee, Tc…(1) Pas loin de trente pièces composent ce coffret. Le contenu est dense et surtout laisse percevoir l’évolution du Blues. Citons Dust My Brown, Long About Mi, The Thril is gone, etc. …. D’être traités comme un capital d’exploitation fermier ou ouvrier et non comme des êtres humains n’empêcha pas les Noirs d’appartenir à leur siècle, à sa culture et à ses valeurs dont le cadre définit l’espace social à l’intérieur duquel ils purent espérer changer de statut. Leur musique fut le moyen d’y parvenir. Exceptionnel ! Unique ! Esclave, le Noir était sans nom. Libre, après l’abolition de l’esclavage, il put chanter en son nom, raconter son histoire et l’histoire de son peuple. Le Blues est une sublimation par laquelle le Noir Américain s’est imposé dans la culture du monde. Les prestations composant ces disques sont presque envoutantes par leur authenticité et le talent évident des protagonistes. C’est aéré, spontané, rehaussé par la qualité du son.
Vincent Azamberti
(1) Blues Legends. Time Life Music.