Penser Bizet, c’est spontanément penser « Carmen » dont le succès mondial que l’œuvre connut, et connaît toujours, après l’échec stupide de sa création reste historique. Mais Bizet n’est pas seulement le compositeur de Carmen. Outre d’autres opéras dont « Les pêcheurs de perles » demeure le plus connu, les mélomanes lui doivent une superbe symphonie qui évoque le jeune Schubert, une soixantaine de mélodies, beaucoup de musique théâtrales, une musique de scène pour « L’Arlésienne » d’Alphonse Daudet. et des œuvres pour piano dont nous nous proposons de présenter aujourd’hui l’intégrale, interprétée par la talentueuse Julia Servus (1).
« Pour mettre en valeur l’œuvre pour piano de Bizet, note l’interprète, il faut regarder de plus près le pianiste qu’il était et examiner le rôle important du piano dans sa vie. » Liszt-référence tangible- l’admirait. Depuis Liszt et Mendelssohn, on avait eu peu de lecteurs de sa force. (Berlioz). Il obtenait des effets merveilleux de douceur et dans les fortissimi il joignait toujours le moelleux, le velouté à la vigueur et à l‘éclat.
Le coffret de deux CD dont il va être question renferme l‘intégrale des œuvres pour piano de Bizet. Le premier propose douze pièces dont le Nocturne en fa majeur, la Grande valse de concert en mi bémol majeur, les Trois esquisses musicales et huit autres morceaux dont la Suite n°1 de l‘Arlésienne réduite pour le piano. Le second album contient les Chants du Rhin, Venise, Romance sans paroles, plus trois autres œuvres dont la Suite N°2 de l‘Arlésienne. On trouvera dans l‘excellent texte de présentation de Julia Servus, l‘analyse du contenu des œuvres exécutées.
Les accusations de wagnérisme que Bizet dut subir, peut-on lire dans le Dictionnaire de la musique publié par les Editions Bordas (1979, remis à jour) sont absurdes. Son tempérament le rapprocherait plutôt de Verdi et surtout de Gounod avec son Faust. Sa musique se caractérise par l’élégance de la mélodie, la clarté, la recherche de l’harmonie et un grand sens de l’orchestration (2). Un équilibre entre audace et tradition rappelle Mozart. Sa mort prématurée (comme celle de Mozart ) à 37 ans a privé la France d’un de ses plus grands compositeurs.
Vincent Azamberti
• Naxos 8.57 O831 • Chaque fois qu‘il est question d‘harmonie, rappelons que ce terme n‘a pas le sens commun qu‘on lui prête. L‘harmonie, dans le domaine de l‘écriture musicale, est le système musical qui a pour objet l‘emploi de sons simultanés.