Mercenaire de l’espace, le Showman est un super-assassin, né de l’imagination démoniaque d’un généticien. Dépourvu de toute émotion, formé à l’art de tous les combats, il a été conçu pour tuer, et seul l’or ou les joies simples propres à la mécanique de destruction lui procurent du plaisir. Pourtant, le destin de l’implacable Showman prend une nouvelle voie quand il rencontre, lors d’une mission, la fascinante Ibis... Nous avons rencontré le dessinateur de cette série, Nicolas Fructus.
Quelles sont les origines de la série ?
Nicolas Fructus : « Showman Killer » est un space opéra dans lequel évolue un personnage, celui d’un assassin ultime, dénué de toute morale. Il s’agit d’une créature entièrement créée par un savant fou à des fins vénales. Il a été conçu pour tuer. Ce n’est pas une ordure : il a tout simplement et mécaniquement un protocole d’action à exécuter. A la base, Jodorowsky avait écrit ce scénario pour Gimenez durant leur collaboration sur la « Caste des Méta-Barons ». Mais Gimenez avait envie de se lancer seul. Jodorowsky poursuivit ainsi son travail sur les « Technopères » jusqu’à reprendre l’aventure du « Showman Killer ».
Qui est le Showman Killer ?
N. F. : Il y a d’un coté les super-héros avec leurs pouvoirs hors du commun. De l’autre, les anti-héros avec leurs failles. Le Showman correspond à un troisième profil : un personnage infaillible sur lequel ne repose aucune menace. Il correspond à cette troisième catégorie de héros. Au demeurant, il aurait été un peu intéressant de poursuivre dans cette voie monolithique. Tout l’intérêt de la série réside dans la découverte du point faible du Showman Killer, au-delà de sa perfection. Ainsi, dans les quinze premières planches, Jodorowsky a monté un polar qui dépeint la genèse de ce personnage. Puis, débute sa mission. Une mission d’une extrême importance pour le compte de l’empereur. Mais au lieu de se rendre directement sur place, le Showman accepte d’exécuter un autre contrat, peu prioritaire, très lucratif et banal – en apparence. Il prend alors une décision qui sera lourde de conséquences car, sans le savoir, le Showman met le doigt dans l’engrenage. C’est très shakespearien, comme Jodorowsky sait le faire !
Comment s’est déroulée la collaboration avec Alejandro Jodorowsky ?
N. F. : Je l’ai rencontré durant mon travail sur les couleurs du « Bouncer ». Ce qui est intéressant avec lui, c’est qu’il ne fait pas de découpage. Il fonctionne plutôt comme au théâtre, acte par acte, en privilégiant une mise en scène et une ambiance. Une fois cette ambiance posée, je suis allé à chaque étape clé du scénario, pour définir les principaux lieux et me concentrer sur les scènes phares. Et, plutôt que de procéder case par case, nous avons discuté de l’ensemble de l’histoire, revu telle ou telle scène. C’est ce que j’aime chez Jodorowsky, cette fluidité de la narration et ce côté très théâtral. Par ailleurs, tous les personnages de la série sont extrêmes, archétypaux, sans être ridicules. Jodorowsky a tenu à faire du Showman lui-même un personnage de pantomime : cet assassin a comme spécificité de prendre l’apparence qu’il veut et Jodorowsky n’hésite pas à le faire changer de masque.
Francescu Maria Antona