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Aujourd’hui et l’intemporel - interview

vendredi 9 août 2013, par Journal de la Corse

Djamel Tatah chez Orenga de Gaffory

Aujourd’hui et l’intemporel - interview

« Ce qui m’intéresse c’est l’élaboration d’un langage pictural par rapport à une pensée tout en étant évidemment pertinent. » Djamel Tatah

Dans vos oeuvres pourquoi allier la très ancienne technique de la peinture à la cire à la photographie et à la numérisation des images ?

Parce que la cire absorbe la lumière avec intensité. Par qu’on retrouve ses qualités intrinsèques dans toute l’histoire de l’art.

Comment s’élabore un tableau ?

Au début il y a la photographie qui est une manière d’enregistrer une scène. Puis je passe à l’ordinateur et au dessin et je combine les deux.

A quel stade intervient la composition ?

Sur le tableau je fais une recherche de mise en forme qui va déterminer le format en fonction de l’échelle du corps.

Pourquoi traiter certains sujets plutôt que d’autres ? Autrement dit quel souci attachez-vous au fond, au contenu de vos oeuvres ?

Ce qui m’intéresse c’est l’élaboration d’un langage pictural par rapport à une pensée tout en étant évidemment pertinent. Être au monde est pour moi primordial et dans mes expositions personnelles et dans les expositions collectives. Je considère qu’un tableau est une mise en commun d’un objet de pensée. Je me méfie de la spontanéité c’est la raison pour laquelle j’essaie d’être à distance de l’émotionnel.

« Être au monde » c’est ce qui vous pousse à traiter surtout de sujets du temps présent ?

C’est l’intemporalité que je recherche à travers des sujets d’une actualité choquante. Je reprends ainsi des thèmes comme « Le massacre des Innocents » de Poussin ou « La fuite en Égypte »… Il faut donner une hauteur philosophique aux thématiques abordées sans avoir bien sûr la prétention d’administrer des leçons ! Ici, chez Henri Orenga de Gaffory l’itinérance est importante, mais si j’use d’une focale c’est pour aller à l’intemporel.

Pas de titres à vos tableaux. Pourquoi ?

Pour ne pas figer les choses. Pour ne pas imposer un mode d’emploi parce que les gens doivent se poser leurs questions. Moi, je ne suis l’auteur que de mes propres questions.

Qu’est-ce qui est premier finalement la ligne, la figure ou ces fonds, ces aplats qui suggèrent une atmosphère ?

La composition d’une oeuvre ressemble à une architecture. La ligne, la figure, les aplats, les ambiances tout doit être monté ensemble. Entre eux pas de différence. La ligne s’intègre aux espaces de couleur qui sont dénués de bavardage.

L’idée d’un tableau comment vient-elle ?

Je fais des dessins et pars au hasard sans savoir où… Je suis alors dans un processus où instinct et intuition sont la base d’un travail dans lequel tous les éléments sont toujours présents.

Un phénomène déclencheur à l’origine de votre vocation ?

Comme 90% des enfants j’adorais dessiner. A 18 – 19 ans cette envie de dessin est revenue tout naturellement. J’ai fait les Beaux Arts et j’ai rencontré des gens… Depuis je travaille sur l’espace, la ligne, la figure.

Vous imaginez-vous faire autre chose ?

Tant que mon expérience est vibrante – ce qui ne signifie pas qu’elle est sans difficulté – tant que j’ai du plaisir à ce que je fais, je continue… Pour le moment même si je m’arrête deux mois, dès que je reprends, ce plaisir revient... C’est un privilège d’expérimenter ses pensées, sa solitude dans son atelier. C’est aussi un privilège d’avoir la liberté de dire ce qu’on veut !

• Propos recueillis par M.A-P

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