La Mort de Staline en bande dessinée C’est nouveau et ça vient de sortir chez Dargaud : « La Mort de Staline ». Fabien Nury et Thierry Robin, les auteurs, nous transportent à travers le Moscou du début des années 50, avec une histoire étonnante. A découvrir aussi, le nouveau triptyque plutôt exotique de Jean Dufaux intitulé « Barracuda ». La Mort de Staline – Une Histoire vraie soviétique (tome1) Dans le genre « fin lamentable d’un tyran sanguinaire », Nury et Robin, les auteurs de cet album, frappent fort. A partir de faits réels – hormis, sans doute le très joli détail musical du début -, auscultant à la loupe les rouages d’une dictature au mieux de sa forme, ils nous donnent à voir les conséquences pitoyables de la peur chronique chez les sbires du Petit Père des peuples. Méfiance, inertie, menace, chantage bas de gamme, quête hystérique du pouvoir – tout y passe, noyé dans la vodka. Le dessin magnifique, en clair-obscur plus obscur que clair, traduit parfaitement l’atmosphère à la fois nocturne et glacée de cette comédie en noir – comédie tout de même, car ce ballet de faux jetons et autres manipulateurs est hilarant. Les auteurs nous ramènent ainsi dans la soirée du 28 février 1953. La radio de Moscou diffuse un concerto de Mozart. Staline souhaite avoir le disque de ce concerto – qui n’a pas été enregistré. Les désirs du « tsar » étant des ordres, l’orchestre rejoue, et la jeune soliste glisse dans la pochette du disque un petit mot délicatement hostile. Staline lit le mot, écoute le disque et tombe raide mort, victime d’une attaque cérébrale. S’ensuit un cafouillage pendant lequel chacun, plus ou moins trouillard et combinard, tente de gagner du temps. Si bien que Staline ne sera déclaré mort que le 5 mars. « Une histoire vraie soviétique » est le premier tome de cette série tout à fait étonnante. Barracuda – Esclaves (tome 1) Le prolifique Jean Dufaux revient avec une nouvelle série intitulée « Barracuda ». Accompagné aux dessins par un jeune dessinateur, Jérémy, qui réalise là son premier album, le scénariste signe un triptyque racontant les aventures de trois adolescents au temps de la piraterie. Lors de la l’attaque du vaisseau par les pirates du capitaine Blackdog, une aristocrate, Dona Emilia Del Scuebo, sa fille, Maria, et leur serviteur, Emilio, sont faits prisonniers. Tous les trois sont emmenés sur l’île de Puerto Blanco pour y être vendus comme esclaves. Raffy, le fils du capitaine, est gravement blessé et reste sur l’île. Son père reprend la mère à la recherche du plus gros diamant du monde : le Kashar. L’histoire de ce récit d’aventure ne se déroule pas en mer, mais sur une île. S’il y a bien un trésor caché, sa découverte ne constitue pas l’enjeu principal de l’histoire. Le récit est centré sur les personnages. Les auteurs observent avec une acuité toute contemporaine le comportement de trois adolescents : Raffy, Maria et Emilio. Ceux-ci affrontent des situations extrêmes auxquelles chacun réagit en fonction de son caractère, de son statut social et de son propre vécu. Si Jean Dufaux a trempé sa plume dans l’encre la plus noire, Jérémy, le dessinateur, lui a opté pour l’aquarelle et les couleurs chaudes des Caraïbes. Un bon scénario servi par un trait réaliste et élégant. Francescu Maria Antona