CD

mercredi 27 octobre 2010, par Journal de la Corse

Cd L’ABBRIVU CHANTE « A OCCHJI APERTI » C’est à l’Abbrivu, groupe vocal constitué de jeunes chanteurs plutôt talentueux que nous devons la sortie d’un album intitulé « A occhji aperti », composé de onze pièces qui ne manquent pas d’intérêt. C’est un bon CD à la résonance authentique et agréable. Il y a de l’inspiration. On y compte « Di biancu e neru », « Se vendi la terra », « E duie lotte », « S’ellu c’era un Signore », etc…Le dernier titre désigne un chant qui peut heurter les nombreux croyants que compte toujours la Corse. Pourtant le ton du texte n’a rien d’irrespectueux. Par ailleurs nous sommes là dans le domaine idéologique où chacun a le libre choix de ses opinions. Une idéologie ne relève pas de la connaissance. Voici quelques vers qui donnent un aperçu du contenu du récital : « Se vendi la terra vendi lu to fiume/ A l’orlu di u mare la pesca chi nuta/La neve à l’alpale chi pare un lume/A natura sana chè tu voli fa muta/ Se vendi la terra vendi lu to fiume. » Même si ce genre de thème n’est pas nouveau, le cœur y est et la conviction. Les voix sont convaincantes et le chant produit homogène, qualité capitale pour un ensemble vocal. Le groupe instrumental d’accompagnement a le double mérite d’être expert et discret, sans sonorités accablantes pour l‘oreille. Ce qui n‘est pas si courant en un temps où l‘on a oublié que le son n‘est pas un simple bruit. Un bruit n‘a pas de fréquence. Ce qui veut dire que le nombre de vibrations par unité de temps dans un phénomène sonore ne revient pas intervalles réguliers. Cela n’est pas le cas des sons dont se compose toute musique, même si, dans la musique moderne, le recours au bruit éventuellement s’impose pour le besoin qu’a parfois le compositeur d ‘une expression inhabituelle (cf. par exemple les bruits de sirène chez Varèse). La musique, essentiellement, exprime son discours avec un langage ordonné et transmissible. La musique dite « concrète », faite de bruits apparue au milieu du siècle dernier, n’a pas eu d’avenir probant. Les chants de l’Abbrivu, comme tous nos bons ensembles vocaux nous réconcilient avec le besoin que nous avons de vraie communication. Et ceci, paradoxalement en un temps où l’homme n’a jamais été aussi seul dans ce déferlement de moyens de communication voulue mais si compromise par les lois du marché. Si la musique n’est pas avant tout communication réfléchie et dosée, à quelle vocation peut-elle encore répondre ? Vincent Azamberti

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